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Note de lecture d'Eric Dupin

Par J-Genereux • DANS LA PRESSE • Vendredi 01/06/2007 • 0 commentaires • Version imprimable

Marchéisme et dissociété

Penser en pessimiste, agir en optimiste. Sous le signe de cette maxime, Jacques Généreux appelle à un audacieux combat culturel contre la « mutation anthropologique » qui menace, selon lui, l’espèce humaine. L’empire du « marchéisme » - terme que cet économiste socialiste préfère à celui de « néolibéralisme » - nous condamnerait à une impitoyable « dissociété ». Les logiques économiques à l’œuvre, explique-t-il, conduisent à une hypertrophie de la compétition entre les hommes au regard de leur coopération. Ce déséquilibre entre les deux versants de la nature humaine créée les conditions d’une redoutable « guerre incivile » qui « dissocie » les individus les uns des autres au point de faire presque disparaitre la société.
Avec un talent pédagogique certain, l’auteur s’attaque à la racine les thèses néolibérales. Il s’emploie à réfuter méthodiquement leurs présupposés théoriques, rarement discutés tant ils sont tombés dans le sens commun. « L’hypothèse d’un individu parfaitement indépendant des autres, égoïste et prédateur par nature, insociable sans la menace d’une autorité ou la promesse d’un profit personnel, est totalement et définitivement infirmée par les sciences de l’homme et de la nature », tranche-t-il. Généreux dénonce avec verve la fausse histoire de l’homme, méchant animal qui aurait été civilisé grâce à l’économie marchande.
La force du « marchéisme » est de recycler à son profit les maux qu’il génère. Si le règne sans partage du marché mène à « la victoire de la peur » de l’autre, le cycle production-consommation est là pour calmer cette angoisse. Généreux rejoint ici la vieille problématique de l’aliénation. Il ne masque pas son désaccord profond avec les gauches classiques, marxistes ou social-démocrates, restées prisonnières de la vision de l’Histoire et du progrès des néolibéraux. Le nouveau socialisme de Généreux suppose une rupture philosophique.

Jacques Généreux, La Dissociété, Seuil, 445 pp., 22 €.

http://ericdupin.blogs.com/murmures/2006/11/index.html

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