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<title type="text/plain">La Dissociété</title>
<tagline type="text/plain">Une refondation anthropologique du discours politique</tagline>
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<name>Jacques Généreux</name>
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		<title>La suite de La Dissociété vient de paraitre</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
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                                Texte de la couverture 








Le culte de l&apos;individu autoconstruit et la mondialisation du capitalisme libéral n&apos;ont pas accompli la promesse moderne de l&apos;émancipation. Elles ont juste défait les liens sociaux, sans lesquels aucune liberté ne peut grandir. L&apos;hyper-libéralisme engendre une dissociété violente et désordonnée. Et face aux désordres, les nouveaux « libéraux » organisent le retour vers un ordre pré-moderne, mélange de répression policière, d&apos;intégrisme religieux, de contrôle communautaire et d&apos;abrutissement dans le travail. 



Le défi politique du XXIe siècle est de penser un ordre social qui n&apos;effacerait pas trois siècles d&apos;émancipation. Il nous faut abandonner l&apos;illusion d&apos;une construction libérale de la société pour engager la construction sociale de la liberté. Or, tel a toujours été l&apos;essence du projet socialiste, de Leroux à Blum, en passant par Marx et Jaurès. Les multiples dévoiements de ce projet ne le disqualifient pas ; ils exigent sa refondation néomoderne : une nouvelle modernité dont les principes politiques ne découlent plus du mythe moderne de l&apos;individu autonome, mais de la réalité anthropologique de l&apos;être social. 



À la lumière des sciences humaines, et à l&apos;opposé d&apos;une gauche « moderne » qui s&apos;attarde à courir derrière des idées libérales dépassées, l&apos;auteur dessine un socialisme qui dépasse la modernité pour en accomplir la promesse, qui offre un nouvel avenir à la liberté. 






Jacques Généreux,

 auteur d&apos;une vingtaine d&apos;ouvrages, est professeur à Sciences Po. Membre du Parti socialiste (et de son Conseil national) jusqu&apos;en 2008, il l&apos;a quitté pour participer à la fondation du Parti de gauche, dont il est aujourd&apos;hui le Secrétaire national à l&apos;économie. 








Cet ouvrage est le deuxième opus d&apos;une refondation anthropologique de la philosophie politique inaugurée par La Dissociété (Seuil, 2006), dont la nouvelle édition revue et augmentée est parue en poche en 2008 (coll.Points-Essais




 




 







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		<issued>2009-02-26T21:18:34Z</issued>
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<p style="text-align: center;" class="MsoNormal"><o:p>&#160;<span style="display: none;" id="1235678480978S">&#160;</span><a href="http://neomoderne.fr"><img height="378" width="240" border="5" align="left" alt="" src="http://jacquesgenereux.fr/images/Soc_Neo_couv2_web.jpg" /><span style="font-size: larger;"><b><span style="display: none;" id="1235678480772E"> </span></b></span></a></o:p><span style="font-size: larger;"><a href="http://neomoderne.fr"><b>&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160; Texte de la couverture </b></a></span><span style="font-size: 11pt;"><a href="http://neomoderne.fr"><br />
</a></span></p>
<p style="text-align: left;" class="MsoNormal"><span style="font-size: 11pt;"><span style="font-family: Arial;"><a href="http://neomoderne.fr">Le culte de l’individu autoconstruit et la mondialisation du capitalisme libéral n’ont pas accompli la promesse moderne de l’émancipation. Elles ont juste défait les liens sociaux, sans lesquels aucune liberté ne peut grandir. L’hyper-libéralisme engendre une dissociété violente et désordonnée. Et face aux désordres, les nouveaux «&#160;libéraux&#160;» organisent le retour vers un ordre pré-moderne, mélange de répression policière, d’intégrisme religieux, de contrôle communautaire et d’abrutissement dans le travail. <br />
<br />
Le défi politique du XXIe siècle est de penser un ordre social qui n’effacerait pas trois siècles d’émancipation. Il nous faut abandonner l’illusion d’une construction libérale de la société pour engager la construction sociale de la liberté. Or, tel a toujours été l’essence du projet socialiste, de Leroux à Blum, en passant par Marx et Jaurès. Les multiples dévoiements de ce projet ne le disqualifient pas&#160;; ils exigent sa refondation néomoderne&#160;: une nouvelle modernité dont les principes politiques ne découlent plus du mythe moderne de l’individu autonome, mais de la réalité anthropologique de l’être social. <br />
<br />
À la lumière des sciences humaines, et à l’opposé d’une gauche «&#160;moderne&#160;» qui s’attarde à courir derrière des idées libérales dépassées, l’auteur dessine un socialisme qui dépasse la modernité pour en accomplir la promesse, qui offre un nouvel avenir à la liberté. </a></span><o:p></o:p></span></p>
<p style="text-align: left;" class="MsoNormal"><span style="font-family: Arial;"><a href="http://neomoderne.fr"><b style=""><span style="font-size: 11pt;">Jacques Généreux,</span></b><span style="font-size: 11pt;"> auteur d’une vingtaine d’ouvrages, est professeur à Sciences Po. Membre du Parti socialiste (et de son Conseil national) jusqu’en 2008, il l’a quitté pour participer à la fondation du Parti de gauche, dont il est aujourd’hui le Secrétaire national à l’économie. </span></a></span><span style="font-size: 11pt;"><o:p></o:p></span></p>
<p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"><span style="font-size: 11pt;"><a href="http://neomoderne.fr">Cet ouvrage est le deuxième opus d’une refondation anthropologique de la philosophie politique inaugurée par <st1:personname w:st="on" productid="La Dissoci&#65513;t&#65513;"><i style="">La Dissociété</i></st1:personname> (Seuil, 2006), dont la nouvelle édition revue et augmentée est parue en poche en 2008 (coll<i style="">.Points-Essais</i><o:p></o:p></a></span></p>
<p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"><span style="font-size: 11pt;"><o:p><a href="http://neomoderne.fr">&#160;</a></o:p></span></p>
<p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"><span style="font-size: 11pt;"><o:p><a href="http://neomoderne.fr">&#160;</a></o:p></span></p>
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	<entry>
		<title>Note de Philippe Chanial - Revue du MAUSS</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain"> 
Voilà,
enfin, un ouvrage ambitieux. Économiste bien connu et professeur à
Science Po., membre du Conseil national du Parti socialiste, Jacques
Généreux ne propose pas moins qu&apos;une critique anthropologique des
fondements propres au néo-libéralisme contemporain, une analyse des
conséquence de son hégémonie   la restructuration des société de marché
en « dissociétés » - et l&apos;esquisse d&apos;une anthropologie alternative
propre à inspirer un socialisme libéré tant de son fantasme d&apos;une
« hyper-société » collectiviste et productiviste que de la « dérive
néolibérale » de la gauche européenne depuis les année 1980. Une
question, faussement naïve, constitue le fil conducteur de cette
enquête : « Pourquoi et comment des millions d&apos;individus persuadés que
la coopération solidaire est cent fois préférable à la compétition
solitaire restent-ils impuissants à refonder sur elle leur système
économique et politique ? »



Généreux suggère à la fois de démontrer la fausseté de
l&apos;anthropologie implicite du néo-libéralisme et de démonter les
ressorts de son emprise pratique sur nos représentations du monde, de
nous-mêmes et d&apos;autrui. A l&apos;évidence, ces deux aspects sont liés. Si le
néolibéralisme nous parle, c&apos;est en raison du fait qu&apos;il est « l&apos;enfant
naturel de tous les discours politiques jumeaux dont a accouché la
modernité ». En ce sens, il y a là moins une « révolution culturelle »
qu&apos;une « involution » de l&apos;individualisme, de l&apos;économisme, du
déterminisme et du productivisme dominants dans les principaux courants
de la pensée moderne. Si le néolibéralisme passe si aisément, c&apos;est
bien qu&apos;il prolonge la conception de la nature humaine et de la société
la plus commune dans la pensée occidentale. Poussant à l&apos;extrême l&apos;idée
moderne de l&apos;individu « rationnel », les néolibéraux identifient
rationalité et égoïsme absolu : l&apos;individu cherche - et calcule -
toujours, partout, uniquement et obsessionnellement son intérêt.
L&apos;entrepreneur, en quête de marché ; l&apos;ami généreux en quête de
reconnaissance ; mais aussi le délinquant, balançant les coûts et
bénéfices de son forfait, ou le RMIste, arbitrant entre la perte de sa
CMU et son retour sur le marché de l&apos;emploi. Cette anthropologie
utilitariste ouvre ainsi à une singulière « histoire naturelle de
l&apos;humanité », justifiant l&apos;état de guerre économique mondial comme une
lutte inévitable entre des êtres non seulement doués pour la
compétition mais naturellement prédateurs et agressifs. Elle justifie
également une étroite conception de la société identifiée à un contrat
d&apos;association utilitaire entre des individus par nature dissociés et
égoïstes. Des individus qui n&apos;ont pas besoin des autres pour être
eux-mêmes mais pour satisfaire leurs intérêts mieux qu&apos;ils ne
pourraient le faire en restant isolés. Bref, non seulement ces
individus auto-suffisants pourraient exister sans lien, mais la société
elle-même ne créerait aucun lien, seulement des connexions dans un
réseau d&apos;échange. Une arithmétique simple régirait ainsi la vie
sociale : ou bien chacun reçoit l&apos;exact équivalent de ce qu&apos;il donne et
c&apos;est là la seule justice - la justice comptable du donnant/donnant - ;
ou bien certains reçoivent plus qu&apos;ils ne donnent, et ceux-là, de
quelque que soient les nom par lesquels on les désigne, sont des
assistés, des parasites. D&apos;où notamment cette rhétorique néolibérale du
« on a rien sans rien » qui vient progressivement substituer le workfare au welfare.



La contre-anthropologie que mobilise Généreux avance sur un terrain bien connu et bien balisé par la Revue du MAUSS,
dont il mobilise les travaux, comme ceux de nombreux ethnologues
(Salhins, Hoccart, Polanyi), paléo-anthropologues (J.Cauvin),
psychologues (Damasio, Cyrulnik), éthologues (de Waal) et théoriciens
de l&apos;évolution (Pelt, Picq). Il renoue ainsi avec toute une tradition
intellectuelle que le matérialisme historique marxien avait enterrée et
ridiculisée, avec ce projet d&apos;un fondement indissociablement
anthropologique et moral du socialisme. Projet au c ur de la
« socialo-sociologie » de Marcel Mauss, mais aussi du « socialisme
intégral » de Benoît Malon ou de l&apos;anarchisme de Kropotkine, et avant
eux des socialismes français dits « utopistes » (Saint-Simon et les
saint-simoniens, Leroux, Fourier, Considérant, etc.). Bien-sûr,
affirmer que l&apos;être humain est avant tout un être de relation, voir un
animal sympathique, que l&apos;individuation suppose la socialisation, ou
plutôt l&apos;association donc la coopération, que l&apos;être-soi et
l&apos;être-ensemble sont corrélatifs pourrait certes paraître banal ou même
irénique. Mais tel n&apos;est pas le cas. Si Généreux appuie sa morale
social(ist)e sur une synthèse solide de travaux scientifiques qui font
légitimement autorité, il en explore, ce qui est plus neuf, toutes les
implications pour démonter ces diverses fables du néolibéralisme,
naturalisant tout aussi bien la violence des rapports humains que le
prétendu penchant de l&apos;homme pour l&apos;échange marchand ou son
« aspiration productiviste ». Plus encore, Généreux n&apos;esquive pas la
question qui fâche : il y a bel et bien « une vérité » du
néolibéralisme. En effet, dans un contexte de compétition débridée, les
individus semblent n&apos;avoir d&apos;autre choix que de se conduire
effectivement comme cette anthropologie, fallacieuse, le prétend.
L&apos;auteur s&apos;en explique longuement, en s&apos;appuyant non pas sur la théorie
marxiste (qui partagerait avec le néolibéralisme « 90% de son
patrimoine génétique ») du « reflet », mais sur les récentes recherche
en psychologie sur la résilience ainsi que sur les ressorts de la
servitude volontaire (notamment à partir de l&apos;ouvrage de notre ami
Michel Terestchenko). Ainsi montre-t-il comment cette dissociété piège
les communautés humaines dans un gigantesque « dilemme du prisonnier ».
L&apos;immense majorité d&apos;entre nous aurait intérêt à une société
coopérative et solidaire, mais dans le contexte anxiogène qui est
désormais le nôtre, la réaction la plus rationnelle pour faire face et
y sauver son intégrité psychique, consiste à adopter ou à tolérer ce
modèle « dissociétal » de la compétition solitaire généralisée.



On le voit, le diagnostic est sévère. Clinique même.
Cette « mutation anthropologique » majeure définit « la plus imminente
des catastrophes qui nous menace », cette « maladie sociale
dégénérative » dresse   au double sens du terme   les individus les uns
contre les autres et « altère les consciences en leur inculquant une
culture fausse mais auto-réalisatrice ». Fasciné par l&apos;hégémonie de
l&apos;idéologie néolibérale, Généreux semble parfois perdre confiance dans
les potentialités même de la nature humaine et des formes de solidarité
ordinaire dont il reconnaît pourtant, théoriquement, toute la portée.
Affirmer, avec raison, que la menace d&apos;une dissociété ne résulte pas
d&apos;un simple dysfonctionnement technique le conduit ainsi, à tort selon
nous, à poser que l&apos;invention de politiques nouvelles ne saurait faire
face à ce stade suprême de l&apos;aliénation qu&apos;elle incarnerait. Suggérer
que « la majorité résiliente n&apos;a pas besoin d&apos;être convaincue par un
exposé détaillé des politiques alternatives », car ces solutions -
celles qui feraient le choix de la coopération - existeraient déjà et
que cette majorité souffrirait avant tout d&apos;un sentiment d&apos;impuissance
politique savamment entretenue, pour en conclure que « le seul moyen
dont dispose un citoyen pour reprendre la main » consiste à « adhérer
aux partis politiques et d&apos;y mener la bataille interne pour changer la
ligne majoritaire », paraît un peu court. Car ce dont il s&apos;agit, c&apos;est
bien de rendre possible, réaliste   et agréable   ce pari du don et de
la coopération constitutif de la démocratie elle-même. Si ce pari
démocratique suppose, comme le soulignait John Dewey, une « foi dans la
nature humaine », totalement étrangère à l&apos;anthropologie néolibérale,
cette foi ne peut-elle être ravivée seulement d&apos;en haut, par une
croisade contre-hégémonique menée à partir de nos seules vieilles
églises partisanes ? Rien n&apos;est moins sûr.



S&apos;il y a bien une contradiction entre ce nous tenons
pour vrai dans nos relations interpersonnelles, dans l&apos;espace de la
socialité primaire - le primat de la solidarité, de la coopération et
du don - et ce que nous tolérons ou même valorisons dans la vie
sociale, dans l&apos;espace de la socialité secondaire - la compétition
généralisée -, n&apos;est-ce pas en vertu de la structure même des jeux peu
coopératifs dans lesquels nous nous trouvons prisonniers et qui, en
quelque sorte, laissent en friche notre sens ordinaire   et naturel  
de la solidarité ? La professionnalisation outrancière de la démocratie
représentative, un néo-corporatisme étroit, une division du travail
anomique, la bureaucratisation et la marchandisation de la solidarité
etc. ne ferment-ils pas, pratiquement, tout horizon au déploiement de
cet « appât du don » (Jacques Godbout) qui caractérisent les homo non-oeconomicus
que nous sommes aussi ? Dés lors, plutôt que de privilégier la seule
lutte idéologique et partisane, cette politique de la coopération ne
suppose-t-elle pas davantage de subvertir, pratiquement, la structure
de ces jeux non-coopératifs, d&apos;ouvrir d&apos;autres espaces de jeux et de
valoriser toutes les expérimentations sociales qui réussissent, elles,
à faire un usage efficace de cette force productive que constitue la
solidarité ?



La riche analyse de Jacques Généreux nous invite ainsi
à prolonger davantage un autre aspect de la tradition socialiste avec
laquelle l&apos;auteur appelle à renouer. Cette dimension indissociablement
morale et expérimentale, si chère tant à Pierre Leroux, Benoît Malon
qu&apos;à Marcel Mauss, qui aujourd&apos;hui encore nous rappellent que l&apos;idéal
socialiste est moins un dogme qu&apos;une morale pratique de la solidarité
et de l&apos;association, et la politique réformiste moins un renoncement
qu&apos;une expérimentation constante et pluraliste.





 
        Philippe Chanial - Revue du MAUSS permanente 
          (www.journaldumauss.com)



24 Avril 2007

           

 

http://www.journaldumauss.net/spip.php?article70


 


      









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		<id>http://dissociete.fr/news/note-de-philippe-chanial-revue-du-mauss</id>
		<issued>2007-06-09T15:44:18Z</issued>
		<modified>2007-06-09T15:45:44Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<h2>&nbsp;</h2><br /><p align="justify"><span class="corpstexte"><p class="spip">Voilà,
enfin, un ouvrage ambitieux. Économiste bien connu et professeur à
Science Po., membre du Conseil national du Parti socialiste, Jacques
Généreux ne propose pas moins qu’une critique anthropologique des
fondements propres au néo-libéralisme contemporain, une analyse des
conséquence de son hégémonie – la restructuration des société de marché
en « dissociétés » - et l’esquisse d’une anthropologie alternative
propre à inspirer un socialisme libéré tant de son fantasme d’une
« hyper-société » collectiviste et productiviste que de la « dérive
néolibérale » de la gauche européenne depuis les année 1980. Une
question, faussement naïve, constitue le fil conducteur de cette
enquête : « Pourquoi et comment des millions d’individus persuadés que
la coopération solidaire est cent fois préférable à la compétition
solitaire restent-ils impuissants à refonder sur elle leur système
économique et politique ? »</p>

<p class="spip">Généreux suggère à la fois de démontrer la fausseté de
l’anthropologie implicite du néo-libéralisme et de démonter les
ressorts de son emprise pratique sur nos représentations du monde, de
nous-mêmes et d’autrui. A l’évidence, ces deux aspects sont liés. Si le
néolibéralisme nous parle, c’est en raison du fait qu’il est « l’enfant
naturel de tous les discours politiques jumeaux dont a accouché la
modernité ». En ce sens, il y a là moins une « révolution culturelle »
qu’une « involution » de l’individualisme, de l’économisme, du
déterminisme et du productivisme dominants dans les principaux courants
de la pensée moderne. Si le néolibéralisme passe si aisément, c’est
bien qu’il prolonge la conception de la nature humaine et de la société
la plus commune dans la pensée occidentale. Poussant à l’extrême l’idée
moderne de l’individu « rationnel », les néolibéraux identifient
rationalité et égoïsme absolu : l’individu cherche - et calcule -
toujours, partout, uniquement et obsessionnellement son intérêt.
L’entrepreneur, en quête de marché ; l’ami généreux en quête de
reconnaissance ; mais aussi le délinquant, balançant les coûts et
bénéfices de son forfait, ou le RMIste, arbitrant entre la perte de sa
CMU et son retour sur le marché de l’emploi. Cette anthropologie
utilitariste ouvre ainsi à une singulière « histoire naturelle de
l’humanité », justifiant l’état de guerre économique mondial comme une
lutte inévitable entre des êtres non seulement doués pour la
compétition mais naturellement prédateurs et agressifs. Elle justifie
également une étroite conception de la société identifiée à un contrat
d’association utilitaire entre des individus par nature dissociés et
égoïstes. Des individus qui n’ont pas besoin des autres pour être
eux-mêmes mais pour satisfaire leurs intérêts mieux qu’ils ne
pourraient le faire en restant isolés. Bref, non seulement ces
individus auto-suffisants pourraient exister sans lien, mais la société
elle-même ne créerait aucun lien, seulement des connexions dans un
réseau d’échange. Une arithmétique simple régirait ainsi la vie
sociale : ou bien chacun reçoit l’exact équivalent de ce qu’il donne et
c’est là la seule justice - la justice comptable du donnant/donnant - ;
ou bien certains reçoivent plus qu’ils ne donnent, et ceux-là, de
quelque que soient les nom par lesquels on les désigne, sont des
assistés, des parasites. D’où notamment cette rhétorique néolibérale du
« on a rien sans rien » qui vient progressivement substituer le <i class="spip">workfare </i>au <i class="spip">welfare</i>.</p>

<p class="spip">La contre-anthropologie que mobilise Généreux avance sur un terrain bien connu et bien balisé par la <i class="spip">Revue du MAUSS</i>,
dont il mobilise les travaux, comme ceux de nombreux ethnologues
(Salhins, Hoccart, Polanyi), paléo-anthropologues (J.Cauvin),
psychologues (Damasio, Cyrulnik), éthologues (de Waal) et théoriciens
de l’évolution (Pelt, Picq). Il renoue ainsi avec toute une tradition
intellectuelle que le matérialisme historique marxien avait enterrée et
ridiculisée, avec ce projet d’un fondement indissociablement
anthropologique et moral du socialisme. Projet au cœur de la
« socialo-sociologie » de Marcel Mauss, mais aussi du « socialisme
intégral » de Benoît Malon ou de l’anarchisme de Kropotkine, et avant
eux des socialismes français dits « utopistes » (Saint-Simon et les
saint-simoniens, Leroux, Fourier, Considérant, etc.). Bien-sûr,
affirmer que l’être humain est avant tout un être de relation, voir un
animal sympathique, que l’individuation suppose la socialisation, ou
plutôt l’association donc la coopération, que l’être-soi et
l’être-ensemble sont corrélatifs pourrait certes paraître banal ou même
irénique. Mais tel n’est pas le cas. Si Généreux appuie sa morale
social(ist)e sur une synthèse solide de travaux scientifiques qui font
légitimement autorité, il en explore, ce qui est plus neuf, toutes les
implications pour démonter ces diverses fables du néolibéralisme,
naturalisant tout aussi bien la violence des rapports humains que le
prétendu penchant de l’homme pour l’échange marchand ou son
« aspiration productiviste ». Plus encore, Généreux n’esquive pas la
question qui fâche : il y a bel et bien « une vérité » du
néolibéralisme. En effet, dans un contexte de compétition débridée, les
individus semblent n’avoir d’autre choix que de se conduire
effectivement comme cette anthropologie, fallacieuse, le prétend.
L’auteur s’en explique longuement, en s’appuyant non pas sur la théorie
marxiste (qui partagerait avec le néolibéralisme « 90% de son
patrimoine génétique ») du « reflet », mais sur les récentes recherche
en psychologie sur la résilience ainsi que sur les ressorts de la
servitude volontaire (notamment à partir de l’ouvrage de notre ami
Michel Terestchenko). Ainsi montre-t-il comment cette dissociété piège
les communautés humaines dans un gigantesque « dilemme du prisonnier ».
L’immense majorité d’entre nous aurait intérêt à une société
coopérative et solidaire, mais dans le contexte anxiogène qui est
désormais le nôtre, la réaction la plus rationnelle pour faire face et
y sauver son intégrité psychique, consiste à adopter ou à tolérer ce
modèle « dissociétal » de la compétition solitaire généralisée.</p>

<p class="spip">On le voit, le diagnostic est sévère. Clinique même.
Cette « mutation anthropologique » majeure définit « la plus imminente
des catastrophes qui nous menace », cette « maladie sociale
dégénérative » dresse – au double sens du terme – les individus les uns
contre les autres et « altère les consciences en leur inculquant une
culture fausse mais auto-réalisatrice ». Fasciné par l’hégémonie de
l’idéologie néolibérale, Généreux semble parfois perdre confiance dans
les potentialités même de la nature humaine et des formes de solidarité
ordinaire dont il reconnaît pourtant, théoriquement, toute la portée.
Affirmer, avec raison, que la menace d’une dissociété ne résulte pas
d’un simple dysfonctionnement technique le conduit ainsi, à tort selon
nous, à poser que l’invention de politiques nouvelles ne saurait faire
face à ce stade suprême de l’aliénation qu’elle incarnerait. Suggérer
que « la majorité résiliente n’a pas besoin d’être convaincue par un
exposé détaillé des politiques alternatives », car ces solutions -
celles qui feraient le choix de la coopération - existeraient déjà et
que cette majorité souffrirait avant tout d’un sentiment d’impuissance
politique savamment entretenue, pour en conclure que « le seul moyen
dont dispose un citoyen pour reprendre la main » consiste à « adhérer
aux partis politiques et d’y mener la bataille interne pour changer la
ligne majoritaire », paraît un peu court. Car ce dont il s’agit, c’est
bien de rendre possible, réaliste – et agréable – ce pari du don et de
la coopération constitutif de la démocratie elle-même. Si ce pari
démocratique suppose, comme le soulignait John Dewey, une « foi dans la
nature humaine », totalement étrangère à l’anthropologie néolibérale,
cette foi ne peut-elle être ravivée seulement d’en haut, par une
croisade contre-hégémonique menée à partir de nos seules vieilles
églises partisanes ? Rien n’est moins sûr.</p>

<p class="spip">S’il y a bien une contradiction entre ce nous tenons
pour vrai dans nos relations interpersonnelles, dans l’espace de la
socialité primaire - le primat de la solidarité, de la coopération et
du don - et ce que nous tolérons ou même valorisons dans la vie
sociale, dans l’espace de la socialité secondaire - la compétition
généralisée -, n’est-ce pas en vertu de la structure même des jeux peu
coopératifs dans lesquels nous nous trouvons prisonniers et qui, en
quelque sorte, laissent en friche notre sens ordinaire – et naturel –
de la solidarité ? La professionnalisation outrancière de la démocratie
représentative, un néo-corporatisme étroit, une division du travail
anomique, la bureaucratisation et la marchandisation de la solidarité
etc. ne ferment-ils pas, pratiquement, tout horizon au déploiement de
cet « appât du don » (Jacques Godbout) qui caractérisent les <i class="spip">homo non-oeconomicus</i>
que nous sommes aussi ? Dés lors, plutôt que de privilégier la seule
lutte idéologique et partisane, cette politique de la coopération ne
suppose-t-elle pas davantage de subvertir, pratiquement, la structure
de ces jeux non-coopératifs, d’ouvrir d’autres espaces de jeux et de
valoriser toutes les expérimentations sociales qui réussissent, elles,
à faire un usage efficace de cette force productive que constitue la
solidarité ?</p>

<p class="spip">La riche analyse de Jacques Généreux nous invite ainsi
à prolonger davantage un autre aspect de la tradition socialiste avec
laquelle l’auteur appelle à renouer. Cette dimension indissociablement
morale et expérimentale, si chère tant à Pierre Leroux, Benoît Malon
qu’à Marcel Mauss, qui aujourd’hui encore nous rappellent que l’idéal
socialiste est moins un dogme qu’une morale pratique de la solidarité
et de l’association, et la politique réformiste moins un renoncement
qu’une expérimentation constante et pluraliste.</p></span></p><div align="center"> 
        <p><font size="4" color="#990000"><b><span class="corpstexte">Philippe Chanial - Revue du MAUSS permanente 
          (www.journaldumauss.com)</span></b></font></p><p><span class="corpstexte"><font color="#666666"><font size="4" color="#990000"><b>24 Avril 2007</b></font><br />
           </font></span> </p><a href="http://www.journaldumauss.net/spip.php?article70"><font size="4">http://www.journaldumauss.net/spip.php?article70</font></a><br /></div><div align="center"><p>&nbsp;</p>
      </div>
<p align="justify"><span class="corpstexte"></span></p>


]]></content>
	</entry>
	<entry>
		<title>Note de lecture d&apos;Eric Dupin</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">Marchéisme et dissociété
		
		
			
				
    Penser en pessimiste, agir en optimiste. Sous le signe de cette
maxime, Jacques Généreux appelle à un audacieux combat culturel contre
la « mutation anthropologique » qui menace, selon lui, l&apos;espèce
humaine. L&apos;empire du « marchéisme » - terme que cet économiste
socialiste préfère à celui de « néolibéralisme » - nous condamnerait à
une impitoyable « dissociété ». Les logiques économiques à l&apos; uvre,
explique-t-il, conduisent à une hypertrophie de la compétition entre
les hommes au regard de leur coopération. Ce déséquilibre entre les
deux versants de la nature humaine créée les conditions d&apos;une
redoutable « guerre incivile » qui « dissocie » les individus les uns
des autres au point de faire presque disparaitre la société. 
    Avec un talent pédagogique certain, l&apos;auteur s&apos;attaque à la
racine les thèses néolibérales. Il s&apos;emploie à réfuter méthodiquement
leurs présupposés théoriques, rarement discutés tant ils sont tombés
dans le sens commun. « L&apos;hypothèse d&apos;un individu parfaitement
indépendant des autres, égoïste et prédateur par nature, insociable
sans la menace d&apos;une autorité ou la promesse d&apos;un profit personnel, est
totalement et définitivement infirmée par les sciences de l&apos;homme et de
la nature », tranche-t-il. Généreux dénonce avec verve la fausse
histoire de l&apos;homme, méchant animal qui aurait été civilisé grâce à
l&apos;économie marchande. 
    La force du « marchéisme » est de recycler à son profit les
maux qu&apos;il génère. Si le règne sans partage du marché mène à « la
victoire de la peur » de l&apos;autre, le cycle production-consommation est
là pour calmer cette angoisse. Généreux rejoint ici la vieille
problématique de l&apos;aliénation. Il ne masque pas son désaccord profond
avec les gauches classiques, marxistes ou social-démocrates, restées
prisonnières de la vision de l&apos;Histoire et du progrès des néolibéraux.
Le nouveau socialisme de Généreux suppose une rupture philosophique.



Jacques Généreux, La Dissociété, Seuil, 445 pp., 22 €.

http://ericdupin.blogs.com/murmures/2006/11/index.html




			


</summary>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dissociete.fr/news/note-de-lecture-d-eric-dupin"/>
		<id>http://dissociete.fr/news/note-de-lecture-d-eric-dupin</id>
		<issued>2007-06-01T22:04:13Z</issued>
		<modified>2007-06-01T22:07:10Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<h3 class="entry-header"><a href="http://ericdupin.blogs.com/murmures/2006/11/marchisme_et_di.html">Marchéisme et dissociété</a></h3>
		
		
			<div class="entry-body">
				<p>
    Penser en pessimiste, agir en optimiste. Sous le signe de cette
maxime, Jacques Généreux appelle à un audacieux combat culturel contre
la « mutation anthropologique » qui menace, selon lui, l’espèce
humaine. L’empire du « marchéisme » - terme que cet économiste
socialiste préfère à celui de « néolibéralisme » - nous condamnerait à
une impitoyable « dissociété ». Les logiques économiques à l’œuvre,
explique-t-il, conduisent à une hypertrophie de la compétition entre
les hommes au regard de leur coopération. Ce déséquilibre entre les
deux versants de la nature humaine créée les conditions d’une
redoutable « guerre incivile » qui « dissocie » les individus les uns
des autres au point de faire presque disparaitre la société. <br />    Avec un talent pédagogique certain, l’auteur s’attaque à la
racine les thèses néolibérales. Il s’emploie à réfuter méthodiquement
leurs présupposés théoriques, rarement discutés tant ils sont tombés
dans le sens commun. « L’hypothèse d’un individu parfaitement
indépendant des autres, égoïste et prédateur par nature, insociable
sans la menace d’une autorité ou la promesse d’un profit personnel, est
totalement et définitivement infirmée par les sciences de l’homme et de
la nature », tranche-t-il. Généreux dénonce avec verve la fausse
histoire de l’homme, méchant animal qui aurait été civilisé grâce à
l’économie marchande. <br />    La force du « marchéisme » est de recycler à son profit les
maux qu’il génère. Si le règne sans partage du marché mène à « la
victoire de la peur » de l’autre, le cycle production-consommation est
là pour calmer cette angoisse. Généreux rejoint ici la vieille
problématique de l’aliénation. Il ne masque pas son désaccord profond
avec les gauches classiques, marxistes ou social-démocrates, restées
prisonnières de la vision de l’Histoire et du progrès des néolibéraux.
Le nouveau socialisme de Généreux suppose une rupture philosophique.</p>

<p>J<em>acques Généreux, La Dissociété, Seuil, 445 pp., 22 €.</em></p><p><em><b><a href="http://ericdupin.blogs.com/murmures/2006/11/index.html">http://ericdupin.blogs.com/murmures/2006/11/index.html</a></b><br /></em>
</p>
			</div>
]]></content>
	</entry>
	<entry>
		<title>Entretien avec Dominique Berns- Le Soir (Belgique)</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">Dominique Berns. Il est communément admis que nous
vivons la « troisième révolution du capitalisme ». L&apos;enjeu, pour nos
sociétés, serait de s&apos;adapter à cette mutation rendue inéluctable par
les évolutions technologiques. Vous contestez ce diagnostic. Pourquoi ?


Jacques Généreux. Selon la logique dominante, celle de la droite
néolibérale ou néoconservatrice, mais aussi de certains partis de
gauche et mouvements altermondialistes, le monde a changé - c&apos;est ce
qu&apos;on met sous le vocable « mondialisation » - et, de ce fait, les
marges de manoeuvre politique des Etats se sont trouvées
considérablement réduites.


Pour les néolibéraux, il faut s&apos;en faire une raison :
la société sera de plus en régie par la compétition, par la logique du
marché, et non par la logique politique. Pour les altermondialistes, il
faut, au contraire, reprendre le contrôle politique de l&apos;économie.


Ces deux prescriptions, apparemment opposées, reflètent
le même diagnostic erroné d&apos;une mutation imposée au politique. Or cette
mutation résulte de choix politiques qui reflètent un changement des
rapports de forces au profit des détenteurs du capital et au détriment
des détenteurs de leur seul travail, et en particulier de travail peu
qualifié.


Quand vous parlez d&apos;un changement des rapports de forces politiques, que voulez-vous dire concrètement ?


Les années soixante-dix ont vu la montée en puissance
de classes moyennes et supérieures qui, grâce aux politiques anciennes,
avaient accumulé un patrimoine et avaient plus intérêt à la défense de
ce patrimoine contre l&apos;inflation qu&apos;à des politiques privilégiant la
croissance et le plein-emploi par des politiques de taux d&apos;intérêt bas.


S&apos;en est suivie une révolution politique qui a conduit
les grands pays industrialisés à inverser totalement les bases du pacte
social et économique de l&apos;après-guerre. Ces choix politiques de
libéraliser, de déréglementer et de privatiser ont engendré une
concurrence mondiale exacerbée, là où existait autrefois une
concurrence extrêmement encadrée.


Mais le modèle économique et
social des Trente glorieuses - le modèle dit « fordiste » - n&apos;avait-il
pas atteint ses limites en raison de l&apos;accélération de l&apos;inflation, de
la montée des déficits publics, des nouvelles technologies, de la
baisse des coûts de transport et de la concurrence de nouveaux pays
industrialisés ?


Une fois la grande consommation de masse généralisée à
l&apos;ensemble du monde industrialisé, le modèle fordiste arrivait en effet
à épuisement en termes de gains de productivité - c&apos;est-à-dire en
termes de perspectives de croissance. Il fallait passer à un autre mode
de production plus flexible, privilégiant l&apos;innovation et l&apos;adaptation
des produits.


Mais il est faux de dire que la seule solution était de
livrer l&apos;ensemble des pays de la planète à la guerre économique. D&apos;une
part, certains petits pays d&apos;Europe du Nord et le Japon, dans un
premier temps, ont montré que des solutions d&apos;adaptation plus
solidaires existaient. D&apos;autre part, ce modèle de la libre compétition
généralisée, socialement insupportable et psychiquement douloureux pour
beaucoup d&apos;individus, est économiquement inefficace.


En Europe, il n&apos;a pas permis de retrouver un taux de
croissance soutenu, ni de combattre le chômage de masse ; il a entraîné
l&apos;aggravation des inégalités et de la pauvreté - on a vu l&apos;apparition
de travailleurs pauvres, qui étaient autrefois le « privilège » des
Etats-Unis ; il a entraîné une atonie de la recherche et de
l&apos;innovation technologique. Ce modèle n&apos;a pas non plus permis de sortir
du sous-développement les pays à qui on a imposé la libéralisation et
l&apos;ouverture aux échanges. La grande question est la suivante :
pourquoi, trente ans plus tard, ce modèle est-il toujours dominant ?


Réponse de la Commission
européenne ou de l&apos;OCDE : si l&apos;Union européenne ne connaît pas les
performances de l&apos;économie américaine - deux fois plus de croissance et
deux fois moins de chômage ! -, c&apos;est parce que nos pays sont encore en
retard en termes de flexibilité (sous-entendu : du marché du travail)
et de déréglementation de l&apos;activité économique...


Ce diagnostic est faux. Les performances américaines ne
s&apos;expliquent pas par le désengagement de l&apos;Etat, mais par la mise en
oeuvre par l&apos;Etat d&apos;une logique de puissance nationaliste.


Faites la liste de toutes les interventions publiques
pratiquées en permanence aux Etats-Unis, mais interdites ou très
fortement limitées par les traités de l&apos;Union européenne : mener une
politique monétaire favorable au plein-emploi et à la croissance ;
moduler les déficits publics en fonction de la conjoncture afin de
soutenir l&apos;activité ; subventionner les entreprises ; rétablir
temporairement ou définitivement des droits de douane pour protéger une
industrie ; réserver une part des marchés publics aux entreprises
locales ou à certaines catégories d&apos;entreprises, comme les PME ;
investir massivement dans la recherche via le budget public, en
l&apos;occurrence le budget du Pentagone ; etc.


Il y a, aux Etats-Unis, un consensus politique, quelle
que soit l&apos;administration, sur le fait que, dans cette société dure,
sauvage, violente pour les individus, l&apos;Etat doit être actif, au sens
le plus keynésien, pour garantir une croissance économique soutenue.
Quand on comprend cela, on peut mettre au jour le projet insidieux des
néolibéraux européens.


Quel est ce projet ?


Un projet idéologique : se débarrasser du modèle social
et de civilisation caractéristique de la vielle Europe, qui
privilégiait la solidarité collective et la cohésion sociale. Si leur
souci était la prospérité de l&apos;Europe, ils imiteraient pour de bon
l&apos;Amérique. L&apos;Europe aurait deux fois moins de chômage et deux fois
plus de croissance. Et plus rien ne « justifierait » la remise en cause
de notre modèle social.


Une bonne partie de la gauche
estime que seule l&apos;Union européenne peut protéger notre modèle social.
Vous dénoncez, au contraire, une double trahison du projet européen :
l&apos;Acte unique en 1986 et, plus récemment, l&apos;élargissement à l&apos;Est...


Le projet des Pères fondateurs n&apos;a jamais été de créer
un espace de guerre économique entre les pays européens au nom d&apos;une
idéologie du libre-échange. Ils voulaient, au contraire, favoriser la
coopération entre Etats afin que plus jamais les peuples européens ne
se considèrent comme rivaux. Jusqu&apos;aux années 80, le projet européen
n&apos;a jamais visé au recul des systèmes de protection sociale ; il
impliquait un effort de solidarité pour permettre aux nouveaux entrants
de rejoindre notre niveau de protection sociale.


Mais, au milieu des années 80, en créant le Marché
unique sans harmonisation fiscale et sociale, on a mis en concurrence
les systèmes fiscaux et sociaux, afin de provoquer une harmonisation
fiscale et sociale par le bas.


Puis, à la fin des années 90, nous avons décidé
d&apos;accueillir dix nouveaux pays d&apos;Europe centrale dont le niveau de
développement, de salaire et de protection sociale est bien plus
faible, en leur disant : ne comptez pas sur la politique
macroéconomique pour soutenir la croissance, ni sur les transferts de
solidarité dont ont pu bénéficier en leur temps l&apos;Espagne et le
Portugal notamment. Ce qui revenait à leur dire : utilisez la seule
arme que vous possédez, le dumping social.


D&apos;un projet de coopération, on est passé à un projet de guerre économique.


Cette victoire de la culture
néolibérale du « chacun pour soi » provoque, écrivez-vous, le
basculement des sociétés développées dans l&apos;inhumanité de la
« dissociété ». Que recouvre cet horrible néologisme ?


On dresse des individus les uns contre les autres, les
communautés les unes contre les autres, les nations les unes contre les
autres, ce qui crée un climat de guerre permanente absolument
insoutenable.


Même pour ceux qui semblent en être les bénéficiaires,
les cadres supérieurs et dirigeants. Leur qualité de vie humaine et
personnelle est-elle meilleure que celle de leurs homologues dans les
années 60 ? Bien au contraire. L&apos;obsession de la rentabilité financière
immédiate est devenue le seul critère d&apos;évaluation des performances des
individus.


Ils ne sont pas jugés sur la qualité de leur travail,
sur leur vision de long terme... - tout ce qui est intéressant dans
l&apos;entreprise - mais sur le taux de rendement pour l&apos;actionnaire.
Sont-ils un point ou deux en dessous de l&apos;objectif ? Ils doivent
comprimer les coûts. Et le seul moyen, c&apos;est d&apos;imposer plus de stress
aux gens avec qui ils travaillent, en virer quelques-uns, bref
administrer la souffrance au nom d&apos;un intérêt qui n&apos;a aucune légitimité
morale, le profit des gens les plus riches.


Nous vivons dans des sociétés
libres et démocratiques. A moins de prétendre qu&apos;une minorité de
capitalistes et quelques politiciens à leur solde imposent leur volonté
- ce que vous ne faites pas -, il faut reconnaître que cette
« dissociété » que vous dénoncez ne provoque pas de révolte...


Exact. Il doit donc y avoir des choses, dans notre
nature, qui peuvent nous amener à nous accommoder d&apos;une société aussi
cruelle. J&apos;ai donc été amené à réfléchir à notre ambiguïté profonde :
d&apos;une part, nous aspirons à une vie sociale paisible, à vivre avec les
autres dans la coopération plutôt que dans la guerre, dans la
solidarité plutôt que dans la rivalité systématique ; mais en même
temps, nous aspirons très fortement à l&apos;autonomie, à l&apos;individualité :
à être soi, pour soi. Ces deux aspirations sont indissociables ; elles
constituent notre être.


La force de la « dissociété », c&apos;est de s&apos;appuyer sur
nos penchants égoïstes et narcissiques, en survalorisant l&apos;individu, la
responsabilité, la performance et le mérite individuels, en flattant en
permanence notre ego. De sorte que nous pouvons trouver, dans cette
nouvelle culture de l&apos;individu performant et guerrier, une forme de
satisfaction, d&apos;estime de soi.


Même pour les perdants ?


Oui. Se dire qu&apos;on a été battu par le système et qu&apos;on
n&apos;y peut rien serait extrêmement désespérant ; il est plus satisfaisant
d&apos;accepter la culture néolibérale de la responsabilité. Celle-ci était
traditionnellement l&apos;apanage de la droite conservatrice ; elle s&apos;est
étendue aux classes populaires - n&apos;entendons-nous pas de plus en plus
souvent des ouvriers contester l&apos;indemnisation du chômage ? - et aux
élites de la social-démocratie européenne, avec le blairisme ou le
schröderisme. Or c&apos;est une philosophie de l&apos;irresponsabilité.


Dire : « Vous êtes responsables de vous-mêmes, ne
comptez pas sur la société, parce que la société n&apos;est responsable de
rien », c&apos;est dire : « Vous n&apos;avez qu&apos;à vous occuper de vous ; vous
n&apos;avez pas à vous préoccuper des autres ». On a ainsi créé une culture
de la « dé-liaison » - de la dissociation complète des individus -, qui
contribue à rendre le système acceptable.


Mais il y a plus. Le processus de « dissociété » est
pervers au sens où il suscite des réactions de défense pour atténuer la
souffrance et l&apos;angoisse. Le communautarisme - cette « dissociété »
entre communautés -, le repli sur soi ou encore le phénomène
d&apos;identification idéologique, par lequel des victimes du système
s&apos;identifient au camp des vainqueurs dans un délire narcissique, sont
autant de réactions à une société de plus en plus violente.


Bref, par mille et un moyens, nous sommes ce que les
psychiatres appellent « résilients », c&apos;est-à-dire que nous développons
des réflexes de défense pour ne plus souffrir, mais ce faisant, on
cesse de se battre contre le système.


Puisque nous ne pouvons réagir
individuellement, il faut donc une réaction collective et politique.
Problème : les citoyens ont largement perdu la foi dans l&apos;action
politique...


Nous devons prendre conscience du fait que nous sommes
les victimes d&apos;une culture mortifère qui détruit notre civilisation.
Nous avons fini par croire que nous ne sommes que des individus
abandonnés dans une société sauvage.


Le rôle d&apos;une politique progressiste, donc de gauche,
c&apos;est d&apos;engager la bataille culturelle pour expliquer que nous pouvons
bâtir une société de progrès humain, dans laquelle le fait d&apos;être un
individu libre, indépendant et autonome ne se fait pas contre autrui,
mais où, au contraire, plus nous sommes solidaires, plus nous pouvons
être libres et autonomes.

Entretien réalisé par Dominique Berns pour Le Soir



</summary>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dissociete.fr/news/entretien-avec-dominique-berns-le-soir-belgique"/>
		<id>http://dissociete.fr/news/entretien-avec-dominique-berns-le-soir-belgique</id>
		<issued>2007-06-01T21:58:51Z</issued>
		<modified>2007-06-01T21:58:51Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<p class="spip"><strong class="spip">Dominique Berns. Il est communément admis que nous
vivons la « troisième révolution du capitalisme ». L’enjeu, pour nos
sociétés, serait de s’adapter à cette mutation rendue inéluctable par
les évolutions technologiques. Vous contestez ce diagnostic. Pourquoi ?</strong></p>
<p class="spip"><b>Jacques Généreux. </b>Selon la logique dominante, celle de la droite
néolibérale ou néoconservatrice, mais aussi de certains partis de
gauche et mouvements altermondialistes, le monde a changé - c’est ce
qu’on met sous le vocable « mondialisation » - et, de ce fait, les
marges de manoeuvre politique des Etats se sont trouvées
considérablement réduites.</p>
<p class="spip">Pour les néolibéraux, il faut s’en faire une raison :
la société sera de plus en régie par la compétition, par la logique du
marché, et non par la logique politique. Pour les altermondialistes, il
faut, au contraire, reprendre le contrôle politique de l’économie.</p>
<p class="spip">Ces deux prescriptions, apparemment opposées, reflètent
le même diagnostic erroné d’une mutation imposée au politique. Or cette
mutation résulte de choix politiques qui reflètent un changement des
rapports de forces au profit des détenteurs du capital et au détriment
des détenteurs de leur seul travail, et en particulier de travail peu
qualifié.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Quand vous parlez d’un changement des rapports de forces politiques, que voulez-vous dire concrètement ?</strong></p>
<p class="spip">Les années soixante-dix ont vu la montée en puissance
de classes moyennes et supérieures qui, grâce aux politiques anciennes,
avaient accumulé un patrimoine et avaient plus intérêt à la défense de
ce patrimoine contre l’inflation qu’à des politiques privilégiant la
croissance et le plein-emploi par des politiques de taux d’intérêt bas.</p>
<p class="spip">S’en est suivie une révolution politique qui a conduit
les grands pays industrialisés à inverser totalement les bases du pacte
social et économique de l’après-guerre. Ces choix politiques de
libéraliser, de déréglementer et de privatiser ont engendré une
concurrence mondiale exacerbée, là où existait autrefois une
concurrence extrêmement encadrée.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Mais le modèle économique et
social des Trente glorieuses - le modèle dit « fordiste » - n’avait-il
pas atteint ses limites en raison de l’accélération de l’inflation, de
la montée des déficits publics, des nouvelles technologies, de la
baisse des coûts de transport et de la concurrence de nouveaux pays
industrialisés ?</strong></p>
<p class="spip">Une fois la grande consommation de masse généralisée à
l’ensemble du monde industrialisé, le modèle fordiste arrivait en effet
à épuisement en termes de gains de productivité - c’est-à-dire en
termes de perspectives de croissance. Il fallait passer à un autre mode
de production plus flexible, privilégiant l’innovation et l’adaptation
des produits.</p>
<p class="spip">Mais il est faux de dire que la seule solution était de
livrer l’ensemble des pays de la planète à la guerre économique. D’une
part, certains petits pays d’Europe du Nord et le Japon, dans un
premier temps, ont montré que des solutions d’adaptation plus
solidaires existaient. D’autre part, ce modèle de la libre compétition
généralisée, socialement insupportable et psychiquement douloureux pour
beaucoup d’individus, est économiquement inefficace.</p>
<p class="spip">En Europe, il n’a pas permis de retrouver un taux de
croissance soutenu, ni de combattre le chômage de masse ; il a entraîné
l’aggravation des inégalités et de la pauvreté - on a vu l’apparition
de travailleurs pauvres, qui étaient autrefois le « privilège » des
Etats-Unis ; il a entraîné une atonie de la recherche et de
l’innovation technologique. Ce modèle n’a pas non plus permis de sortir
du sous-développement les pays à qui on a imposé la libéralisation et
l’ouverture aux échanges. La grande question est la suivante :
pourquoi, trente ans plus tard, ce modèle est-il toujours dominant ?</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Réponse de la Commission
européenne ou de l’OCDE : si l’Union européenne ne connaît pas les
performances de l’économie américaine - deux fois plus de croissance et
deux fois moins de chômage ! -, c’est parce que nos pays sont encore en
retard en termes de flexibilité (sous-entendu : du marché du travail)
et de déréglementation de l’activité économique...</strong></p>
<p class="spip">Ce diagnostic est faux. Les performances américaines ne
s’expliquent pas par le désengagement de l’Etat, mais par la mise en
oeuvre par l’Etat d’une logique de puissance nationaliste.</p>
<p class="spip">Faites la liste de toutes les interventions publiques
pratiquées en permanence aux Etats-Unis, mais interdites ou très
fortement limitées par les traités de l’Union européenne : mener une
politique monétaire favorable au plein-emploi et à la croissance ;
moduler les déficits publics en fonction de la conjoncture afin de
soutenir l’activité ; subventionner les entreprises ; rétablir
temporairement ou définitivement des droits de douane pour protéger une
industrie ; réserver une part des marchés publics aux entreprises
locales ou à certaines catégories d’entreprises, comme les PME ;
investir massivement dans la recherche via le budget public, en
l’occurrence le budget du Pentagone ; etc.</p>
<p class="spip">Il y a, aux Etats-Unis, un consensus politique, quelle
que soit l’administration, sur le fait que, dans cette société dure,
sauvage, violente pour les individus, l’Etat doit être actif, au sens
le plus keynésien, pour garantir une croissance économique soutenue.
Quand on comprend cela, on peut mettre au jour le projet insidieux des
néolibéraux européens.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Quel est ce projet ?</strong></p>
<p class="spip">Un projet idéologique : se débarrasser du modèle social
et de civilisation caractéristique de la vielle Europe, qui
privilégiait la solidarité collective et la cohésion sociale. Si leur
souci était la prospérité de l’Europe, ils imiteraient pour de bon
l’Amérique. L’Europe aurait deux fois moins de chômage et deux fois
plus de croissance. Et plus rien ne « justifierait » la remise en cause
de notre modèle social.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Une bonne partie de la gauche
estime que seule l’Union européenne peut protéger notre modèle social.
Vous dénoncez, au contraire, une double trahison du projet européen :
l’Acte unique en 1986 et, plus récemment, l’élargissement à l’Est...</strong></p>
<p class="spip">Le projet des Pères fondateurs n’a jamais été de créer
un espace de guerre économique entre les pays européens au nom d’une
idéologie du libre-échange. Ils voulaient, au contraire, favoriser la
coopération entre Etats afin que plus jamais les peuples européens ne
se considèrent comme rivaux. Jusqu’aux années 80, le projet européen
n’a jamais visé au recul des systèmes de protection sociale ; il
impliquait un effort de solidarité pour permettre aux nouveaux entrants
de rejoindre notre niveau de protection sociale.</p>
<p class="spip">Mais, au milieu des années 80, en créant le Marché
unique sans harmonisation fiscale et sociale, on a mis en concurrence
les systèmes fiscaux et sociaux, afin de provoquer une harmonisation
fiscale et sociale par le bas.</p>
<p class="spip">Puis, à la fin des années 90, nous avons décidé
d’accueillir dix nouveaux pays d’Europe centrale dont le niveau de
développement, de salaire et de protection sociale est bien plus
faible, en leur disant : ne comptez pas sur la politique
macroéconomique pour soutenir la croissance, ni sur les transferts de
solidarité dont ont pu bénéficier en leur temps l’Espagne et le
Portugal notamment. Ce qui revenait à leur dire : utilisez la seule
arme que vous possédez, le dumping social.</p>
<p class="spip">D’un projet de coopération, on est passé à un projet de guerre économique.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Cette victoire de la culture
néolibérale du « chacun pour soi » provoque, écrivez-vous, le
basculement des sociétés développées dans l’inhumanité de la
« dissociété ». Que recouvre cet horrible néologisme ?</strong></p>
<p class="spip">On dresse des individus les uns contre les autres, les
communautés les unes contre les autres, les nations les unes contre les
autres, ce qui crée un climat de guerre permanente absolument
insoutenable.</p>
<p class="spip">Même pour ceux qui semblent en être les bénéficiaires,
les cadres supérieurs et dirigeants. Leur qualité de vie humaine et
personnelle est-elle meilleure que celle de leurs homologues dans les
années 60 ? Bien au contraire. L’obsession de la rentabilité financière
immédiate est devenue le seul critère d’évaluation des performances des
individus.</p>
<p class="spip">Ils ne sont pas jugés sur la qualité de leur travail,
sur leur vision de long terme... - tout ce qui est intéressant dans
l’entreprise - mais sur le taux de rendement pour l’actionnaire.
Sont-ils un point ou deux en dessous de l’objectif ? Ils doivent
comprimer les coûts. Et le seul moyen, c’est d’imposer plus de stress
aux gens avec qui ils travaillent, en virer quelques-uns, bref
administrer la souffrance au nom d’un intérêt qui n’a aucune légitimité
morale, le profit des gens les plus riches.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Nous vivons dans des sociétés
libres et démocratiques. A moins de prétendre qu’une minorité de
capitalistes et quelques politiciens à leur solde imposent leur volonté
- ce que vous ne faites pas -, il faut reconnaître que cette
« dissociété » que vous dénoncez ne provoque pas de révolte...</strong></p>
<p class="spip">Exact. Il doit donc y avoir des choses, dans notre
nature, qui peuvent nous amener à nous accommoder d’une société aussi
cruelle. J’ai donc été amené à réfléchir à notre ambiguïté profonde :
d’une part, nous aspirons à une vie sociale paisible, à vivre avec les
autres dans la coopération plutôt que dans la guerre, dans la
solidarité plutôt que dans la rivalité systématique ; mais en même
temps, nous aspirons très fortement à l’autonomie, à l’individualité :
à être soi, pour soi. Ces deux aspirations sont indissociables ; elles
constituent notre être.</p>
<p class="spip">La force de la « dissociété », c’est de s’appuyer sur
nos penchants égoïstes et narcissiques, en survalorisant l’individu, la
responsabilité, la performance et le mérite individuels, en flattant en
permanence notre ego. De sorte que nous pouvons trouver, dans cette
nouvelle culture de l’individu performant et guerrier, une forme de
satisfaction, d’estime de soi.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Même pour les perdants ?</strong></p>
<p class="spip">Oui. Se dire qu’on a été battu par le système et qu’on
n’y peut rien serait extrêmement désespérant ; il est plus satisfaisant
d’accepter la culture néolibérale de la responsabilité. Celle-ci était
traditionnellement l’apanage de la droite conservatrice ; elle s’est
étendue aux classes populaires - n’entendons-nous pas de plus en plus
souvent des ouvriers contester l’indemnisation du chômage ? - et aux
élites de la social-démocratie européenne, avec le blairisme ou le
schröderisme. Or c’est une philosophie de l’irresponsabilité.</p>
<p class="spip">Dire : « Vous êtes responsables de vous-mêmes, ne
comptez pas sur la société, parce que la société n’est responsable de
rien », c’est dire : « Vous n’avez qu’à vous occuper de vous ; vous
n’avez pas à vous préoccuper des autres ». On a ainsi créé une culture
de la « dé-liaison » - de la dissociation complète des individus -, qui
contribue à rendre le système acceptable.</p>
<p class="spip">Mais il y a plus. Le processus de « dissociété » est
pervers au sens où il suscite des réactions de défense pour atténuer la
souffrance et l’angoisse. Le communautarisme - cette « dissociété »
entre communautés -, le repli sur soi ou encore le phénomène
d’identification idéologique, par lequel des victimes du système
s’identifient au camp des vainqueurs dans un délire narcissique, sont
autant de réactions à une société de plus en plus violente.</p>
<p class="spip">Bref, par mille et un moyens, nous sommes ce que les
psychiatres appellent « résilients », c’est-à-dire que nous développons
des réflexes de défense pour ne plus souffrir, mais ce faisant, on
cesse de se battre contre le système.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Puisque nous ne pouvons réagir
individuellement, il faut donc une réaction collective et politique.
Problème : les citoyens ont largement perdu la foi dans l’action
politique...</strong></p>
<p class="spip">Nous devons prendre conscience du fait que nous sommes
les victimes d’une culture mortifère qui détruit notre civilisation.
Nous avons fini par croire que nous ne sommes que des individus
abandonnés dans une société sauvage.</p>
<p class="spip">Le rôle d’une politique progressiste, donc de gauche,
c’est d’engager la bataille culturelle pour expliquer que nous pouvons
bâtir une société de progrès humain, dans laquelle le fait d’être un
individu libre, indépendant et autonome ne se fait pas contre autrui,
mais où, au contraire, plus nous sommes solidaires, plus nous pouvons
être libres et autonomes.</p><p class="spip"><b>Entretien réalisé par Dominique Berns pour Le Soir</b><br /></p>
]]></content>
	</entry>
	<entry>
		<title>Critique de la maladie dégénérative de l&apos;individu dans la jungle néolibérale</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">

La Dissociété,


par Jacques Généreux, 
Éditions

 du Seuil, 454 pages, 22 euros.  
Économiste critique, l&apos;auteur procède à un examen
clinique bienvenu de la « maladie dégénérative » qui affecte la société
moderne. Il distingue avec force les causes et les effets destructeurs
du délitement des liens sociaux que le néolibéralisme met délibérément
en oeuvre. Par ses choix politiques au service du profit oligarchique,
il met en concurrence les individus assujettis à la performance, casse
la solidarité et accroît les inégalités. À l&apos;ère du capitalisme des
actionnaires, l&apos;action des États est ainsi détournée dans le sens des
intérêts particuliers. Elle restructure une société atomisée et
désolidarisée, soumet les volontés à une gouvernance autoritaire et
compromet les appartenances socialisantes.


Jacques Généreux analyse attentivement les « dix
piliers » de cette dissociété libérale. Il en opère la généalogie et
dévoile l&apos;égarement de la pensée moderne depuis ses origines. Sans
doute émettra-t-on des réserves sur le parallèle et l&apos;assimilation
établis à ce propos entre le libéralisme ultra-individualiste et un
marxisme réduit au déterminisme économiste, si l&apos;on repense sur le fond
avec Marx l&apos;essence sociale de l&apos;homme, ses tenants et aboutissants.


L&apos;essentiel est surtout dans l&apos;exposition personnelle
des grandes lignes d&apos;un socialisme méthodologique (opposé à
l&apos;individualisme méthodologique des libéraux) qui justifie une
refondation anthropologique de la société politique et de la
citoyenneté authentiquement démocratique. L&apos;individu ne préexiste pas à
la société dans laquelle il vit. Tout être humain est partagé entre
« l&apos;être soi et pour soi » et « l&apos;être avec autrui », en quête d&apos;un
équilibre heureux et réussi qui se conquiert dans les progrès d&apos;une
histoire en spirale aujourd&apos;hui bloquée. À contretemps, le
néolibéralisme dévie l&apos;histoire des individus sur la voie erronée des
rivalités exacerbées et d&apos;un consumérisme abondantiste inégalement vécu.


La question dérangeante est dès lors de savoir pourquoi
la souffrance née de l&apos;amplification de « l&apos;être soi » au détriment de
« l&apos;être avec » ne conduit pas moins la majorité des gens à la
résignation et non au combat ? Dans le contexte d&apos;une stratégie
globalement compétitive qui tend à neutraliser toute résistance et à
pervertir l&apos;imaginaire social, la violence dissociative du système fait
perdre les habitudes de solidarité, leur substitue une « servitude
volontaire ». Car l&apos;individu cherche une compensation salvatrice à la
perte de son être social dans un gain qu&apos;il pense trouver du côté du
maître, en victime consentante ou en agent cynique du « modèle
dissociétal de compétition solitaire ».


Le socialisme méthodologique et « néomoderne », porté
par une minorité agissante, ne propose cependant pas d&apos;alternative
définie, tout en voulant convaincre la majorité des résignés qu&apos;il faut
combattre sur tous les fronts de l&apos;inégalité, de l&apos;injustice, de
l&apos;inhumanité. Il espère seulement, non sans douter, une « révolution
démocratique » qui accorderait leur souveraineté aux citoyens enfin
dotés du pouvoir de décider et d&apos;agir, et avant tout « une révolution
du discours politique », une bataille d&apos;idées prenant appui sur les
implications de l&apos;altérité de l&apos;être humain.


Une connaissance anthropologique approfondie serait en
effet plus qu&apos;opportune pour susciter les résistances et resocialiser
l&apos;existence de chacun. Reste toutefois l&apos;épineuse question des rapports
de force dans la lutte des classes et de l&apos;impact d&apos;actions allant de
façons simultanées et convergentes dans le sens de ces deux révolutions
attendues.


Jacques Milhau
philosophe


L&apos;Humanité du 18 novembre 2006



</summary>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dissociete.fr/news/critique-de-la-maladie-degenerative-de-l-individu-dans-la-jungle-neoliberale"/>
		<id>http://dissociete.fr/news/critique-de-la-maladie-degenerative-de-l-individu-dans-la-jungle-neoliberale</id>
		<issued>2006-11-25T20:40:44Z</issued>
		<modified>2006-11-27T23:25:38Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<span class="titre"></span><b>La Dissociété,</b><span style="font-weight: bold;"><br /></span><b>par Jacques Généreux, <br />Éditions<span style="font-weight: bold;"></span> du Seuil, 454 pages, 22 euros.  </b><br /><p class="spip">Économiste critique, l’auteur procède à un examen
clinique bienvenu de la « maladie dégénérative » qui affecte la société
moderne. Il distingue avec force les causes et les effets destructeurs
du délitement des liens sociaux que le néolibéralisme met délibérément
en oeuvre. Par ses choix politiques au service du profit oligarchique,
il met en concurrence les individus assujettis à la performance, casse
la solidarité et accroît les inégalités. À l’ère du capitalisme des
actionnaires, l’action des États est ainsi détournée dans le sens des
intérêts particuliers. Elle restructure une société atomisée et
désolidarisée, soumet les volontés à une gouvernance autoritaire et
compromet les appartenances socialisantes.</p>
<p class="spip">Jacques Généreux analyse attentivement les « dix
piliers » de cette dissociété libérale. Il en opère la généalogie et
dévoile l’égarement de la pensée moderne depuis ses origines. Sans
doute émettra-t-on des réserves sur le parallèle et l’assimilation
établis à ce propos entre le libéralisme ultra-individualiste et un
marxisme réduit au déterminisme économiste, si l’on repense sur le fond
avec Marx l’essence sociale de l’homme, ses tenants et aboutissants.</p>
<p class="spip">L’essentiel est surtout dans l’exposition personnelle
des grandes lignes d’un socialisme méthodologique (opposé à
l’individualisme méthodologique des libéraux) qui justifie une
refondation anthropologique de la société politique et de la
citoyenneté authentiquement démocratique. L’individu ne préexiste pas à
la société dans laquelle il vit. Tout être humain est partagé entre
« l’être soi et pour soi » et « l’être avec autrui », en quête d’un
équilibre heureux et réussi qui se conquiert dans les progrès d’une
histoire en spirale aujourd’hui bloquée. À contretemps, le
néolibéralisme dévie l’histoire des individus sur la voie erronée des
rivalités exacerbées et d’un consumérisme abondantiste inégalement vécu.</p>
<p class="spip">La question dérangeante est dès lors de savoir pourquoi
la souffrance née de l’amplification de « l’être soi » au détriment de
« l’être avec » ne conduit pas moins la majorité des gens à la
résignation et non au combat ? Dans le contexte d’une stratégie
globalement compétitive qui tend à neutraliser toute résistance et à
pervertir l’imaginaire social, la violence dissociative du système fait
perdre les habitudes de solidarité, leur substitue une « servitude
volontaire ». Car l’individu cherche une compensation salvatrice à la
perte de son être social dans un gain qu’il pense trouver du côté du
maître, en victime consentante ou en agent cynique du « modèle
dissociétal de compétition solitaire ».</p>
<p class="spip">Le socialisme méthodologique et « néomoderne », porté
par une minorité agissante, ne propose cependant pas d’alternative
définie, tout en voulant convaincre la majorité des résignés qu’il faut
combattre sur tous les fronts de l’inégalité, de l’injustice, de
l’inhumanité. Il espère seulement, non sans douter, une « révolution
démocratique » qui accorderait leur souveraineté aux citoyens enfin
dotés du pouvoir de décider et d’agir, et avant tout « une révolution
du discours politique », une bataille d’idées prenant appui sur les
implications de l’altérité de l’être humain.</p>
<p class="spip">Une connaissance anthropologique approfondie serait en
effet plus qu’opportune pour susciter les résistances et resocialiser
l’existence de chacun. Reste toutefois l’épineuse question des rapports
de force dans la lutte des classes et de l’impact d’actions allant de
façons simultanées et convergentes dans le sens de ces deux révolutions
attendues.</p>
<p class="spip"><b>Jacques Milhau
philosophe<br /></b></p><p class="spip"><b>L'Humanité du 18 novembre 2006<br /></b></p>
]]></content>
	</entry>
	<entry>
		<title>Téléchargez un court doc.de présentation (2p)</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">Vous souhaitez contribuer à la diffusion de ces idées ? 

Téléchargez un petit doc (2 pages au format Word) reprenant la présentation de La Dissociéte
et sa table des matières.  Envoyez-le à vos amis si vous souhaitez leur
recommander l&apos;ouvrage et invitez-les à faire circuler ce document.

CLIQUEZ CI-DESSOUS :

LA DISSOCIETE, Jacques Généreux, Seuil, 2006.doc



Merci pour votre soutien !
NB. Je suis désolé
de me transformer ainsi en VRP de mon oeuvre. Mais ai-je le choix de faire
autrement ? Dois-je compter sur TF1 pour faire la promotion de mes idées, ou sur mes concitoyens ? Poser la question, c&apos;est y répondre. Les idées des
néolibéraux disposent de gros moyens financiers pour assurer leur propre promotion.
Moi, je ne dispose que de mes droits d&apos;auteur pour financer les déplacements
que je fais pour aller à la rencontre des gens, répondre aux demandes des
associations qui n&apos;ont pas de moyens, consacrer du temps à la recherche,
etc. 
Il n&apos;y a pas de raison de laisser la loi du marché fonctionner au seul
bénéfice de ceux qui la mettent au service de leur seul intérêt et d&apos;un projet
de dissociété inhumaine.





Jacques Généreux



</summary>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dissociete.fr/news/telechargez-un-court-doc-de-presentation-2p"/>
		<id>http://dissociete.fr/news/telechargez-un-court-doc-de-presentation-2p</id>
		<issued>2006-10-22T15:30:20Z</issued>
		<modified>2006-10-22T18:42:21Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<font size="4" color="#ff3300"><b>Vous souhaitez contribuer à la diffusion de ces idées ? <br /><br /></b></font><b><font size="4" color="#330066"><font size="4">Téléchargez un petit doc (2 pages au format Word) reprenant la présentation de <i>La Dissociéte</i>
et sa table des matières.  Envoyez-le à vos amis si vous souhaitez leur
recommander l'ouvrage et invitez-les à faire circuler ce document.<br /><br /></font></font></b><div align="left"><font size="2" color="#ff0000"><b>CLIQUEZ CI-DESSOUS :</b></font></div><b><font size="4" color="#330066"><font size="5"><a href="http://genereux.fr/files/JG__LA_DISSOCIETE_Seuil_2006.doc" target="_blank">LA DISSOCIETE, Jacques Généreux, Seuil, 2006.doc</a><br />
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de me transformer ainsi en VRP de mon oeuvre. Mais ai-je le choix de faire
autrement ? Dois-je compter sur TF1 pour faire la promotion de mes idées, ou sur mes concitoyens ? Poser la question, c'est y répondre. Les idées des
néolibéraux disposent de gros moyens financiers pour assurer leur propre promotion.
Moi, je ne dispose que de mes droits d'auteur pour financer les déplacements
que je fais pour aller à la rencontre des gens, répondre aux demandes des
associations qui n'ont pas de moyens, consacrer du temps à la recherche,
etc. <br />Il n'y a pas de raison de laisser la loi du marché fonctionner au seul
bénéfice de ceux qui la mettent au service de leur seul intérêt et d'un projet
de dissociété inhumaine.</font>

</div><p align="justify" class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><br />
Jacques Généreux</font></p>

]]></content>
	</entry>
	<entry>
		<title>Matins de France Culture</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">Emission du 19 octobre 2006. France Culture 7h40 à 9h00. 
J.G. est l&apos;invité des &quot;Matins de FC&quot;. Entretien autour du Livre La Dissociété et de l&apos;actualité politique au PS.



Pour écouter l&apos;émission,
copiez et utilisez le lien ci-dessous 
(le fichier sonore couvre la tranche 7h00-9h00, 
mais vous pouvez avancer la lecture au moment de votre choix) :



http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/index.php?emission_id=25060143

Ou bien cliquez ci-dessous sur &quot;Ecoutez&quot;





		

		

						

				

	

	

	
	

	

		émission du jeudi 19 octobre 2006

		Jacques Généreux


	














	
		
	
	
	

		
	

			

	Jacques Généreux
 © RF

		
			
 Membre du conseil national du Parti socialiste,
professeur d&apos;économie à Sciences-Po, Jacques Généreux fut l&apos;un des
chefs de file des partisans du « non » au référendum sur le projet de
constitution européenne le 29 mai 2005. Dans les Matins aujourd&apos;hui, il
analyse la première confrontation télévisée qui s&apos;est tenu mardi
dernier entre les trois prétendants à l&apos;investiture socialiste.

Jacques Généreux publie La dissociété,
un essai qui paraît aux éditions du Seuil. Selon lui, notre société
serait menacée par une « maladie sociale dégénérative », caractérisée
par le primat de la performance individuelle sur le bien commun. Si une
société humaine permet une interaction harmonieuse entre le désir de
s&apos;affirmer et celui de vivre bien ensemble, la « dissociété » mutile
l&apos;aspiration à la solidarité au profit de l&apos;individualisme à tous
crins. Comment s&apos;immuniser contre ce mal chronique ? L&apos;auteur appelle à
une révolution démocratique et à une refondation du discours politique.




		

	
		Invités
		
		


	

		

		
	Jacques Généreux. 
	Economiste, professeur à l&apos;Institut d&apos;Etudes Politiques de Paris, auteur de La dissociété (Seuil)
</summary>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dissociete.fr/news/matins-de-france-culture"/>
		<id>http://dissociete.fr/news/matins-de-france-culture</id>
		<issued>2006-10-21T02:07:47Z</issued>
		<modified>2006-10-21T02:07:47Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<div align="center"><font size="3"><b>Emission du 19 octobre 2006. France Culture 7h40 à 9h00. </b></font><br /><font size="3" color="#3300cc"><b>J.G. est l'invité des &quot;Matins de FC&quot;. Entretien autour du Livre<i> La Dissociété</i> et de l'actualité politique au PS.</b></font><br /></div><font size="3"><b><br /></b></font><div align="center"><font size="4"><b><font color="#990000">Pour écouter l'émission,</font></b><br /></font><font size="4"><b><font color="#990000">copiez et utilisez le lien ci-dessous <br /></font></b><font color="#990000">(le fichier sonore couvre la tranche 7h00-9h00, <br />mais vous pouvez avancer la lecture au moment de votre choix) :</font></font><br /></div><br />http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/index.php?emission_id=25060143<br /><br /><div align="center"><font size="4" color="#990033"><b>Ou bien cliquez ci-dessous sur &quot;Ecoutez&quot;</b></font><font size="4"><br /></font></div><br /><table width="594" cellspacing="0" cellpadding="0" border="0"><tbody><tr><td width="190" valign="top"><br />
		<a onmouseout="imgSwap('b1','ecoutez');" onmouseover="imgSwap('b1','ecoutez_on');" class="lienrouge" href="http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/MATINS/MATINS20061019.ram"><img border="0" name="b1" alt="Ecoutez" src="http://image.radio-france.fr/chaines/france-culture2/img/emis_img/bt_ecoutez.gif" /></a><br />
		<img width="1" height="5" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /><br />
						<a target="_blank" onmouseout="imgSwap('b2','podcast');" onmouseover="imgSwap('b2','podcast_on');" class="lienrouge" href="http://www.radiofrance.fr/services/rfmobiles/podcast/index.php?chaine=5"><img border="0" name="b2" alt="Podcast" src="http://image.radio-france.fr/chaines/france-culture2/img/emis_img/bt_podcast.gif" /></a><br />
				<br /></td>
	<td width="20" valign="top" align="right"><img width="1" height="38" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /><br />
	<table width="12" height="12" cellspacing="0" cellpadding="0" border="0" bgcolor="#283f5f"><tbody><tr><td><br /></td></tr></tbody></table>
	</td>
	<td width="12"><br /></td>
	<td valign="top" class="c_date"><img width="1" height="20" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /><br />
		émission du jeudi 19 octobre 2006<br />
		<font class="c_titre"><b>Jacques Généreux</b></font><br /><br /></td>
	<td width="10"><br /></td></tr>
</tbody></table>

<!----- PAGE ----->
<table width="594" cellspacing="0" cellpadding="0" border="0">
<tbody><tr><td bgcolor="#b5d7ff"><img width="1" height="1" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /></td></tr>
<tr><td bgcolor="#f0f4fb" class="c12_noir"><br /></td></tr>
</tbody></table>



<table width="594" cellspacing="0" cellpadding="0" border="0"><tbody><tr><td width="20" bgcolor="#f0f4fb"><br /></td>
	<td bgcolor="#f0f4fb" class="c12_noir">
		
	
	<table width="120" cellspacing="0" cellpadding="0" border="0" align="left">
<tbody><tr>	<td colspan="2"><img border="0" alt=" " src="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/photos/355121146-photo.jpg" /><br />
		<img width="1" height="2" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /></td>
	<td width="10" rowspan="2"><br /></td></tr>
			<tr><td width="10" bgcolor="#698cc3"><br /></td>
	<td bgcolor="#698cc3" class="c11_blanc">Jacques Généreux<br /> © RF<br />
		<img width="1" height="2" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /></td></tr>
			<tr><td colspan="2"><img width="1" height="5" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /></td></tr>
</tbody></table> Membre du conseil national du Parti socialiste,
professeur d’économie à Sciences-Po, Jacques Généreux fut l’un des
chefs de file des partisans du « non » au référendum sur le projet de
constitution européenne le 29 mai 2005. Dans les Matins aujourd’hui, il
analyse la première confrontation télévisée qui s’est tenu mardi
dernier entre les trois prétendants à l’investiture socialiste.<br />
Jacques Généreux publie <i>La dissociété</i>,
un essai qui paraît aux éditions du Seuil. Selon lui, notre société
serait menacée par une « maladie sociale dégénérative », caractérisée
par le primat de la performance individuelle sur le bien commun. Si une
société humaine permet une interaction harmonieuse entre le désir de
s’affirmer et celui de vivre bien ensemble, la « dissociété » mutile
l’aspiration à la solidarité au profit de l’individualisme à tous
crins. Comment s’immuniser contre ce mal chronique ? L’auteur appelle à
une révolution démocratique et à une refondation du discours politique.<br /><br /><br /><br /><table cellspacing="0" cellpadding="0" border="0">
		<tbody><tr><td width="42" bgcolor="#698cc3"><br /></td>
	<td bgcolor="#000000" class="c12_blanc">
		<img width="10" height="1" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /><b>Invités</b>
		<img width="20" height="1" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /></td></tr>
		<tr><td colspan="2"><img width="1" height="7" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /></td></tr>
</tbody></table>
<table cellspacing="0" cellpadding="0" border="0">
	<tbody><tr><td width="28" valign="top" align="center"><img width="1" height="4" src="http://image.radio-france.fr/img/vide.gif" /><br />
		<table width="8" height="8" cellspacing="0" cellpadding="0" border="0" bgcolor="#698cc3"><tbody><tr><td><br /></td></tr></tbody></table>
		</td>
	<td class="c12_noir"><b>Jacques Généreux</b>. 
	Economiste, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, auteur de <i>La dissociété</i> (Seuil)</td></tr></tbody></table></td></tr></tbody></table>
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		<title></title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">« Cette enquête, d&apos;une rare intelligence, nous propose une grille de lecture de la société contemporaine   il s&apos;impose comme l&apos;un des ouvrages essentiels de cette rentrée. » (L&apos;avis de la Fnac - Fnac.com)

« Économiste critique, l&apos;auteur procède à un examen clinique bienvenu de la « maladie dégénérative » qui affecte la société moderne. Il distingue avec force les causes et les effets destructeurs du délitement des liens sociaux que le néolibéralisme met délibérément en oeuvre. »  L&apos;Humanité

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		<issued>2006-10-20T19:55:55Z</issued>
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		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<div align="justify"><font size="3"><font color="#0000cc"><b>«&#160;Cette enquête, d'une rare intelligence, nous propose une grille de lecture de la société contemporaine – il s'impose comme l'un des ouvrages essentiels de cette rentrée. »</b></font> (<b>L'avis de la Fnac - Fnac.com</b>)<br />
</font><b><font size="3" color="#0000cc">« </font><font color="#0000cc">Économiste critique, l’auteur procède à un examen clinique bienvenu de la «&#160;maladie dégénérative&#160;» qui affecte la société moderne. Il distingue avec force les causes et les effets destructeurs du délitement des liens sociaux que le néolibéralisme met délibérément en oeuvre.</font><font size="3" color="#0000cc"> »</font></b>&#160; <b>L'Humanité</b></div>]]></content>
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		<title>Contre la Compétition à tous les étages (DNA)</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
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		<title>Sentence n°2</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">Peu nous chaut que la société d&apos;aujourd&apos;hui nous paraisse éventuellement plus humaine que celle d&apos;hier si nous sommes en train de refaire à l&apos;envers le chemin qui avait permis ce progrès humain. Peut-être alors que la société d&apos;hier, en dépit de ses multiples défauts, était en réalité plus progressiste: elle montait l&apos;escalier du progrès humain au lieu de le redescendre.  

(La Dissociété, page 150 ) 



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		<modified>2006-10-20T16:04:59Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; LINE-HEIGHT: 13pt; TEXT-ALIGN: justify; mso-line-height-rule: exactly; mso-layout-grid-align: none"><span style="FONT-FAMILY: "><font face="arial,helvetica,sans-serif" color="#0000cc"><strong>Peu nous chaut que la société d’aujourd’hui nous paraisse éventuellement plus humaine que celle d’hier si nous sommes en train de refaire à l’envers le chemin qui avait permis ce progrès humain. Peut-être alors que la société d’hier, en dépit de ses multiples défauts, était en réalité plus progressiste: elle montait l’escalier du progrès humain au lieu de le redescendre.</strong>  </font></span><span style="FONT-SIZE: 12pt; FONT-FAMILY: "><font face="arial,helvetica,sans-serif"><font size="2">(<strong><em>La Dissociété</em>, page 150 )</strong></font></font> </span></p>]]></content>
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	<entry>
		<title>Société de progrès humain, dissociété et hypersociété</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">Qu&apos;est-ce que la Dissociété ?



[Extrait n°2, La Dissociété, ch.4









Définition 2. 

Une société de progrès humain tend vers une situation où chaque personne dispose d&apos;une égale capacité à mener une vie pleinement humaine, c&apos;est-à-dire à concilier librement ses deux aspirations ontogénétiques.







Revenons un instant sur les trois expressions soulignées dans cette définition.



La société «tend vers». Donc, elle n&apos;y est jamais. Le progrès humain n&apos;est pas un état ultime du monde, une fin de l&apos;Histoire. Ce n&apos;est pas une histoire qui finit bien, mais une histoire qui continue bien. Car la tension entre «être avec» et «être soi» ne s&apos;éteint jamais et elle vit dans des contextes qui évoluent, où il faut affronter de nouvelles contraintes et exploiter de nouvelles opportunités. La personne comme la société ne peuvent donc jamais s&apos;arrêter de chercher l&apos;«équilibre».



( )









Évaluer l&apos;état d&apos;une société à un moment donné n&apos;a donc en soi guère de sens, même si on le compare à celui d&apos;une autre société ou de la même société à une autre époque. Car le plus important en l&apos;occurrence n&apos;est pas de savoir où l&apos;on est, mais où l&apos;on va. Peu nous chaut que la société d&apos;aujourd&apos;hui nous paraisse éventuellement plus humaine que celle d&apos;hier si nous sommes en train de refaire à l&apos;envers le chemin qui avait permis ce progrès humain. Peut-être alors que la société d&apos;hier, en dépit de ses multiples défauts, était en réalité plus progressiste: elle montait l&apos;escalier du progrès humain au lieu de le redescendre.





Mais renouer avec ce progrès-là, sortir d&apos;une société inhumaine, ne suppose pas de revenir à l&apos;état passé de la société, pas plus qu&apos;un adulte sortant d&apos;une dépression ne doit redevenir adolescent avant de se remettre en route. Aujourd&apos;hui on ne ressuscite jamais hier, on enfante demain. Il ne s&apos;agit donc pas de descendre encore quelques marches de l&apos;escalier avant de recommencer à monter, mais de recommencer ici et maintenant. C&apos;est en cela seulement que consiste la restauration d&apos;une société de progrès humain : la restauration d&apos;un sens de la marche. 



Et, une fois tournés vers l&apos;avenir, nous n&apos;entendons pas par «société de progrès humain» un nouvel état idéal à atteindre un jour plus ou moins lointain, une sorte de destination terminale. Tout état futur ne sera jamais qu&apos;un simple instant d&apos;une histoire en mouvement. Il en va pour la société comme pour l&apos;être humain: le seul état idéal de l&apos;être, à chaque instant, c&apos;est d&apos;être en bonne voie. 



( )



La société de progrès humain n&apos;est donc pas ceci ou cela, elle « tend vers ». Vers quoi? Vers une « égale capacité » à mener une vie pleinement humaine. Nous excluons donc, comme contradictoire dans les termes, l&apos;idée qu&apos;une telle société puisse consentir que la vie soit humaine pour certains et inhumaine pour d&apos;autres. L&apos;état d&apos;intégrité et de sécurité mentales décrit plus haut reste en effet inaccessible dans une société dont tous les membres savent qu&apos;elle peut exclure radicalement certains d&apos;entre eux, leur interdire l&apos;accès à une vie humaine. Une telle société entretient le sentiment que la possibilité d&apos;une vie humaine en société n&apos;est ni un droit ni une valeur en soi, et résulte donc d&apos;un combat permanent, soit pour éviter

 

l&apos;exclusion, soit pour échapper à la rancoeur des exclus. Autrement dit, elle installe la certitude d&apos;une impossibilité d&apos;« être soi » tous ensemble, c&apos;est-à-dire un conflit permanent et angoissant entre nos aspirations ontogénétiques   le contraire de l&apos;«équilibre».



Enfin, chaque personne peut concilier ses aspirations « librement ». Autrement dit, l&apos;équilibre de la personne est personnel ! Il n&apos;est ni imposé, ni immuable, ni indifférencié. Cela n&apos;exclut en rien le fait que les choix de chacun sont en partie influencés et déterminés par l&apos;environnement social. La «liberté» dont nous parlons ici n&apos;est pas l&apos;autonomie absolue d&apos;un être abstrait, d&apos;un Dieu, qui vivrait hors du monde. Personne n&apos;a la liberté d&apos;être un extraterrestre ou de naître dans un autre monde ou un autre temps que les siens. Nous parlons ici de la liberté d&apos;un être humain concret, c&apos;est à- dire de l&apos;autonomie nécessairement relative d&apos;une personne née quelque part, dans un noeud de relations, de conventions, de règles, d&apos;opportunités et de contraintes. Nous entendons donc par «librement » le fait d&apos;échapper à la domination de certains qui, en raison d&apos;un pouvoir, seraient en mesure d&apos;imposer leur conception de la vie en société et pourraient ainsi, en alourdissant le fardeau de contraintes pesant sur les autres, alléger leur propre dépendance à l&apos;environnement qui constitue la commune condition humaine.





Les sociétés de régression inhumaine







Le concept de «société de progrès humain» nous permet de définir en quoi consiste a contrario une «société de régression inhumaine»:







Définition 3. 

Une société de régression inhumaine entrave la quête de l&apos;équilibre personnel par un processus politique délibéré visant à hypertrophier l&apos;une des aspirations ontogénétiques et à réprimer l&apos;autre ou, pis, à réprimer les deux.

 







Selon que l&apos;une ou l&apos;autre des deux aspirations ontogénétiques est réprimée, ou les deux à la fois, on distingue trois types de régression inhumaine: l&apos;«hypersociété», la «dissociété» et le régime totalitaire.







Définition 4. 

L&apos;«hypersociété» est une société qui hypertrophie l&apos;«être avec» (la dimension sociale de l&apos;existence et les liens collectifs), au point de réprimer ou de mutiler l&apos;«être soi» (l&apos;aspiration 

à l&apos;épanouissement personnel et à l&apos;autonomie).









L&apos;archétype de l&apos;hypersociété est un système collectiviste ou communiste.







Définition 5. 

La «dissociété» est une société qui réprime ou mutile le désir d&apos;«être avec» pour imposer la domination du désir d&apos;«être soi».







L&apos;archétype de la dissociété est la société de marché néolibérale fondée sur l&apos;extension maximale de la libre compétition à toutes les activités humaines. C&apos;est à cette dissociété que nous consacrerons l&apos;essentiel des développements qui suivent.





Vous souhaitez contribuer à la diffusion de ces idées ? 
Téléchargez un petit doc (2 pages au format Word) reprenant la présentation de La Dissociéte
et sa table des matières.  Envoyez-le à vos amis si vous souhaitez leur
recommander l&apos;ouvrage et invitez-les à faire circuler ce document.

LA DISSOCIETE, Jacques Généreux, Seuil, 2006.doc



Merci pour votre soutien !






</summary>
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		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<div align="center"><b><span style="color: navy; letter-spacing: 0.2pt;"><font size="5">Qu'est-ce que la Dissociété ?</font></span></b></div><p align="center" class="MsoNormal" style="text-indent: 14.2pt; line-height: 12pt; margin-right: -14.2pt; text-align: center;"><font size="3"><b><span style="color: navy; letter-spacing: 0.2pt;">[Extrait n°2, <personname w:st="on" productid="La Dissociété"><i>La Dissociété</i></personname>, ch.4</span></b></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><span></span></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><span></span><font size="3"><b><span>Définition 2<i>. </i></span></b><i><span>Une société de progrès humain <u>tend vers</u> une situation où chaque personne dispose d’une <u>égale capacité </u>à mener une vie pleinement humaine, c’est-à-dire à concilier <u>librement</u> ses deux aspirations ontogénétiques.</span></i></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span></span></font></p><p class="MsoBodyText" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt;"><font size="3"><span>Revenons un instant sur les trois expressions soulignées dans cette définition.</span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>La société «tend vers». Donc, elle n’y est jamais. Le progrès humain n’est pas un état ultime du monde, une fin de l’Histoire. Ce n’est pas une histoire qui finit bien, mais une histoire qui continue bien. Car la tension entre «être avec» et «être soi» ne s’éteint jamais et elle vit dans des contextes qui évoluent, où il faut affronter de nouvelles contraintes et exploiter de nouvelles opportunités. La personne comme la société ne peuvent donc jamais s’arrêter de chercher l’«équilibre».</span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>(…)</span><span style="font-size: 10pt;"></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><b><i><span></span></i></b></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>Évaluer l’état d’une société à un moment donné n’a donc en soi guère de sens, même si on le compare à celui d’une autre société ou de la même société à une autre époque. Car le plus important en l’occurrence n’est pas de savoir où l’on est, mais où l’on va. Peu nous chaut que la société d’aujourd’hui nous paraisse éventuellement plus humaine que celle d’hier si nous sommes en train de refaire à l’envers le chemin qui avait permis ce progrès humain. Peut-être alors que la société d’hier, en dépit de ses multiples défauts, était en réalité plus progressiste: elle montait l’escalier du progrès humain au lieu de le redescendre.</span><span style="font-size: 8pt;"></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>Mais renouer avec ce progrès-là, sortir d’une société inhumaine, ne suppose pas de revenir à l’état passé de la société, pas plus qu’un adulte sortant d’une dépression ne doit redevenir adolescent avant de se remettre en route. Aujourd’hui on ne ressuscite jamais hier, on enfante demain. Il ne s’agit donc pas de descendre encore quelques marches de l’escalier avant de recommencer à monter, mais de recommencer ici et maintenant. C’est en cela seulement que consiste la restauration d’une société de progrès humain : la restauration d’un sens de la marche. </span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>Et, une fois tournés vers l’avenir, nous n’entendons pas par «société de progrès humain» un nouvel état idéal à atteindre un jour plus ou moins lointain, une sorte de destination terminale. Tout état futur ne sera jamais qu’un simple instant d’une histoire en mouvement. Il en va pour la société comme pour l’être humain: le seul état idéal de l’être, à chaque instant, c’est d’être en bonne voie. </span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>(…)</span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>La société de progrès humain n’est donc pas ceci ou cela, elle « tend vers ». Vers quoi? Vers une « égale capacité » à mener une vie pleinement humaine. Nous excluons donc, comme contradictoire dans les termes, l’idée qu’une telle société puisse consentir que la vie soit humaine pour certains et inhumaine pour d’autres. L’état d’intégrité et de sécurité mentales décrit plus haut reste en effet inaccessible dans une société dont tous les membres savent qu’elle peut exclure radicalement certains d’entre eux, leur interdire l’accès à une vie humaine. Une telle société entretient le sentiment que la possibilité d’une vie humaine en société n’est ni un droit ni une valeur en soi, et résulte donc d’un combat permanent, soit pour éviter</span><span style="font-size: 8pt;">&nbsp;</span><span>l’exclusion, soit pour échapper à la rancoeur des exclus. Autrement dit, elle installe la certitude d’une impossibilité d’« être soi » tous ensemble, c’est-à-dire un conflit permanent et angoissant entre nos aspirations ontogénétiques – le contraire de l’«équilibre».</span></font></p><p class="MsoBodyText" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt;"><font size="3" face="Times">Enfin, chaque personne peut concilier ses aspirations « librement ». Autrement dit, l’équilibre de la personne est personnel ! Il n’est ni imposé, ni immuable, ni indifférencié. Cela n’exclut en rien le fait que les choix de chacun sont en partie influencés et déterminés par l’environnement social. La «liberté» dont nous parlons ici n’est pas l’autonomie absolue d’un être abstrait, d’un Dieu, qui vivrait hors du monde. Personne n’a la liberté d’être un extraterrestre ou de naître dans un autre monde ou un autre temps que les siens. Nous parlons ici de la liberté d’un être humain concret, c’est à- dire de l’autonomie nécessairement relative d’une personne née quelque part, dans un noeud de relations, de conventions, de règles, d’opportunités et de contraintes. Nous entendons donc par «librement » le fait d’échapper à la domination de certains qui, en raison d’un pouvoir, seraient en mesure d’imposer leur conception de la vie en société et pourraient ainsi, en alourdissant le fardeau de contraintes pesant sur les autres, alléger leur propre dépendance à l’environnement qui constitue la commune condition humaine.</font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><b><i><span></span></i></b></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><b><i><span>Les sociétés de régression inhumaine</span></i></b></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>Le concept de «société de progrès humain» nous permet de définir en quoi consiste a contrario une «société de régression inhumaine»:</span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><b><span></span></b></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><b><span>Définition 3. </span></b><i><span>Une société de régression inhumaine entrave la quête de l’équilibre personnel par un processus politique délibéré visant à hypertrophier l’une des aspirations ontogénétiques et à réprimer l’autre ou, pis, à réprimer les deux.</span></i><span>&nbsp;</span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>Selon que l’une ou l’autre des deux aspirations ontogénétiques est réprimée, ou les deux à la fois, on distingue trois types de régression inhumaine: l’«hypersociété», la «dissociété» et le régime totalitaire.</span></font></p><p class="MsoHeader" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><b><span>Définition 4. </span></b><i><span>L’«hypersociété» est une société qui hypertrophie l’«être avec» (la dimension sociale de l’existence et les liens collectifs), au point de réprimer ou de mutiler l’«être soi» (l’aspiration </span></i><i><span>à l’épanouissement personnel et à l’autonomie).</span></i><span></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>L’archétype de l’hypersociété est un système collectiviste ou communiste.</span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span></span></font></p><p><font size="3"><b><span>Définition 5. </span></b><i><span>La «dissociété» est une société qui réprime ou mutile le désir d’«être avec» pour imposer la domination du désir d’«être soi».</span></i></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><font size="3"><span>L’archétype de la dissociété est la société de marché néolibérale fondée sur l’extension maximale de la libre compétition à toutes les activités humaines. C’est à cette dissociété que nous consacrerons l’essentiel des développements qui suivent.<br /></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 0pt; line-height: 13pt; text-align: justify;"><br /><font size="4" color="#ff3300"><b>Vous souhaitez contribuer à la diffusion de ces idées ? </b></font><font size="4"><br /><b><font color="#330066">Téléchargez un petit doc (2 pages au format Word) reprenant la présentation de <i>La Dissociéte</i>
et sa table des matières.  Envoyez-le à vos amis si vous souhaitez leur
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	</entry>
	<entry>
		<title>L&apos;avis de la Fnac</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">L&apos;avis de la Fnac


		
		La fin du politique, selon
Généreux, c&apos;est avant
tout l&apos;avènement de
la culture &quot;néolibérale&quot;,
culture du &quot;chacun pour
soi&quot;, individualiste, agressive,
atomisant la société
civile en petites communautés
dressées les unes
contre les autres. Une
maladie sociale qui, depuis
plus de trente ans, sape
les fondements idéologiques
de nos démocraties.
Cette enquête, d&apos;une rare intelligence, nous propose une
grille de lecture de la société contemporaine -
il s&apos;impose comme l&apos;un des ouvrages essentiels de cette
rentrée.


</summary>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dissociete.fr/news/l-avis-de-la-fnac"/>
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		<issued>2006-10-04T22:27:58Z</issued>
		<modified>2006-10-20T17:53:46Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<h3 align="center" style="margin: 10px 0pt 5px; padding: 0pt; font-size: 12px; background-color: white; color: black;"><font size="5">L'avis de la <span style="color: rgb(218, 153, 20); font-size: 1.1em;">Fnac</span></font></h3>
		
		<div align="justify"><font size="4"><b>La fin du politique, selon
Généreux, c'est avant
tout l'avènement de
la culture &quot;néolibérale&quot;,
culture du &quot;chacun pour
soi&quot;, individualiste, agressive,
atomisant la société
civile en petites communautés
dressées les unes
contre les autres. Une
maladie sociale qui, depuis
plus de trente ans, sape
les fondements idéologiques
de nos démocraties.
Cette enquête, d'une rare intelligence, nous propose une
grille de lecture de la société contemporaine -
il s'impose comme l'un des ouvrages essentiels de cette
rentrée.</b></font></div>
]]></content>
	</entry>
	<entry>
		<title></title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain">L&apos;avis de la Fnac


		
		La fin du politique, selon
Généreux, c&apos;est avant
tout l&apos;avènement de
la culture &quot;néolibérale&quot;,
culture du &quot;chacun pour
soi&quot;, individualiste, agressive,
atomisant la société
civile en petites communautés
dressées les unes
contre les autres. Une
maladie sociale qui, depuis
plus de trente ans, sape
les fondements idéologiques
de nos démocraties.
Cette enquête, d&apos;une rare intelligence, nous propose une
grille de lecture de la société contemporaine -
il s&apos;impose comme l&apos;un des ouvrages essentiels de cette
rentrée.


</summary>
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		<id>http://dissociete.fr/news/</id>
		<issued>2006-10-04T22:23:17Z</issued>
		<modified>2006-10-04T22:23:17Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<h3 style="margin: 10px 0pt 5px; padding: 0pt; font-size: 12px; background-color: white; color: black;"><font size="5">L'avis de la <span style="color: rgb(218, 153, 20); font-size: 1.1em;">Fnac</span></font></h3>
		
		<div><font size="3">La fin du politique, selon
Généreux, c'est avant
tout l'avènement de
la culture &quot;néolibérale&quot;,
culture du &quot;chacun pour
soi&quot;, individualiste, agressive,
atomisant la société
civile en petites communautés
dressées les unes
contre les autres. Une
maladie sociale qui, depuis
plus de trente ans, sape
les fondements idéologiques
de nos démocraties.
Cette enquête, d'une rare intelligence, nous propose une
grille de lecture de la société contemporaine -
il s'impose comme l'un des ouvrages essentiels de cette
rentrée.</font></div>
]]></content>
	</entry>
	<entry>
		<title>Vie humaine et société de progrès humain</title>
		<author>
		<name>J-Genereux</name>
		</author>
		<summary type="text/plain"> Vie humaine et société de progrès humain 





[Extrait n°1, La Dissociété,
ch.4]







(...) 



«Être soi » et «être avec »







Ainsi, dans ce monde gagné par le
modèle néolibéral de la com

­

pétition généralisée, du chacun pour soi et de la
course à l&apos;argent,

 

nous savons pourtant au quotidien que c&apos;est la
qualité des liens qui 

fait le bonheur
et non pas la quantité des biens. 

Nous
avons besoin

 

d&apos;amitié, pas de productivité ; besoin d&apos;attention,
pas de tension. Et

 

chaque soir, après le travail, après le
supermarché, quand les moins

 aliénés
d&apos;entre nous rentrent chez eux, ils ne s&apos;étonnent pas une seconde de prendre un
plaisir infini à cesser la lutte et le sprint, à 

goûter la tranquillité et la sécurité, à jouir du « zéro productivité »

 

et de la
lenteur, à donner sans exiger et à recevoir sans payer ce qui

 

d&apos;ailleurs
n&apos;a pas de prix : le bonheur d&apos;être enfin soi-même avec

 

les
siens. Ceux qui ont ce bonheur-là savent que ce sentiment d&apos;être

 soi et pour soi, tout en étant avec et
pour les autres, constitue 

l&apos;essence
d&apos;une vie humaine. Et, au regard de cette vie-là, le rôle de

 «battant », de fantassin de la guerre économique,
qu&apos;on nous 

demande parfois de jouer,
ou que nous regardons jouer par d&apos;autres,

 

nous apparaît souvent comme une
simple posture aberrante, étran

­gère à
nos désirs, mais, hélas, inévitable, imposée par un monde qu&apos;il n&apos;est pas en
notre pouvoir de choisir ou de rejeter.





Mais se peut-il vraiment que nous
acceptions de vivre et que nous

 

trouvions quelque agrément dans une société dont
les valeurs et les

 

finalités
nous seraient radicalement étrangères ? Non, pas vraiment ! 

Déjà au
milieu du

 

XVI

e

 

siècle, Étienne de La
 Boétie estimait que la

 tyrannie d&apos;un prince   pouvoir d&apos;un seul contraire à la liberté de tous
  serait inconcevable si n&apos;existait pas chez le peuple une volonté de servir :
« [ ] je désirerais seulement qu&apos;on me fît 

comprendre comment il se peut que tant d&apos;hommes [ ] supportent

 quelquefois tout d&apos;un Tyran seul, qui n&apos;a de
puissance que celle qu&apos;on lui donne, qui n&apos;a de pouvoir de leur nuire,
qu&apos;autant qu&apos;ils 

veulent bien
l&apos;endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s&apos;ils

 n&apos;aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le
contredire

 

.»







Alors, combien plus étonnante serait,
de nos jours, la tyrannie 

d&apos;une
politique injuste et contraire aux désirs du plus grand nombre

 

dans une
société où les « tyrans » remettent en jeu leur pouvoir tous

 les quatre ou cinq ans. 





Répétons-le, il nous faut prendre au
sérieux une double propriété

 des
démocraties contemporaines : d&apos;une part, le système écono­mique et social ne
peut être imposé par la force ; d&apos;autre part, les 

nouveaux modes de production flexibles et
décentralisés requièrent

 une
coopération et une implication volontaires du plus grand nombre. Ce constat
n&apos;exclut nullement des rapports de force favo­rables au capital et aux
oligarchies en place, et donc des effets de 

domination (déjà évoqués et dont il sera à nouveau question). Mais

 l&apos;explication de la soumission au modèle par la
seule domination est plus qu&apos;insuffisante. Car le fait est qu&apos;aucune domination
n&apos;a jamais empêché des hommes et des femmes de combattre et de mourir pour
leurs idées. Et l&apos;Histoire nous montre combien l&apos;éner­

gie qu&apos;ils dépensent dans cette lutte n&apos;est pas
proportionnée à leurs

 

chances de réussite, mais à l&apos;injustice qu&apos;ils
éprouvent. Le pouvoir

 du plus fort
n&apos;explique donc pas tout, dans la soumission ou la 

révolte du plus faible : les sentiments de ce
dernier sont également

 

déterminants. 





(...)





Quand la soumission l&apos;emporte sur

 

la
révolte, il faut bien supposer l&apos;existence d&apos;arrangements internes,

 où les satisfactions que nous tirons du présent
contrebalancent les

 désagréments de
notre servitude. Si tel n&apos;était pas le cas, on ne voit

 

vraiment
pas pourquoi des atteintes aux droits sociaux qui auraient

 

déclenché
une grève générale à l&apos;époque où la troupe tirait sur les

 

grévistes
seraient tolérées à l&apos;époque où le droit de grève est inscrit

 dans la Constitution.





Par conséquent : sans négliger le
rôle des rapports de force, il 

nous
faut bien considérer ce qui, dans le modèle néolibéral, suscite 

une soumission ou un engouement plutôt qu&apos;une
répulsion. 

La 

société de marché et de compétition généralisée ne
peut s&apos;installer

 que dans la seule
mesure où elle repose aussi, pour partie, sur des finalités et des valeurs
partagées par le plus grand nombre et qui suscitent une adhésion suffisante
pour compenser, d&apos;une manière ou d&apos;une autre, une tendance à la désaffection.
Dès lors, si contra­

diction il y a
entre nos valeurs de solidarité et les principes de riva

­

lité,
entre notre désir de vivre en paix et les exigences de la guerre

 

économique,

 

ce
n&apos;est pas une contradiction entre nous et la société, mais une ligne de
fracture intime, une tension interne entre les aspi­

rations contradictoires qui façonnent notre être.





Aucune fastidieuse introspection
n&apos;est nécessaire pour mettre au

 

jour de telles contradictions : elles sont suffisamment
évidentes et

 fréquentes pour nous en
dispenser. 





(...)





Inutile de multiplier les exemples,
puisque nous touchons là à 

l&apos;expérience
intime la plus évidente : nous sommes traversés et par

­

fois
tiraillés par une pluralité d&apos;aspirations. On peut donc, tout à la

 fois, être un citoyen éclairé et un consommateur
aveugle, avoir 

l&apos;« esprit sportif » et
le chauvinisme d&apos;un

 

hooligan, 

être solidaire et

 égoïste, solitaire et sociable, partageur et avare.





Dans

 

Quel
renouveau socialiste ?   

réflexion
sur les fondements

 

du socialisme et du libéralisme (Textuel, 2003)  ,
j&apos;ai suggéré que l&apos;ensemble des

 

aspirations humaines puisse se résumer en deux
tendances indisso

­ciables et
constitutives de l&apos;être humain : «La nature humaine est 

faite de l&apos;interaction continue entre une
aspiration à l&apos;autonomie et

 

une aspiration à l&apos;association, entre la pulsion
d&apos;autosatisfaction et

 

le désir de faire société. C&apos;est pourquoi les
hommes et les femmes

 

ne sont pas guidés par leur seul intérêt personnel,
mais aussi par des 

valeurs, des
croyances et des conventions qui les constituent en 

communauté solidaire [ ]. L&apos;humanité [ ] est mue
par deux aspi

­rations en interaction
permanente : 

désir de libération et
désir de 

socialisation, le désir
d&apos;être soi et le désir d&apos;être avec. 

[ ] Et cela

 

ne sert à rien de chercher laquelle des deux
aspirations est première

 ou seconde,
elles vont ensemble. 

»







En écrivant cela, j&apos;étais convaincu
d&apos;« enfoncer des portes ouvertes », d&apos;énoncer des banalités universellement
reconnues. 

Reconnues par le sens
commun, du moins. J&apos;insistais en revanche,

 dans ce précédent livre, sur l&apos;incapacité commune des doctrines issues
du libéralisme et du marxisme à fonder leur science de 

l&apos;homme et de la société sur un postulat
anthropologique conforme

 

à cette réalité, banale certes, néanmoins seule
juste : l&apos;homme est

 un être social par
essence, par naissance, et non par construction 

intellectuelle ou politique ; il est constitué par ses liens aux autres,

 

et la
grande affaire de sa vie, celle qui commande toutes les autres,

 

est de
concilier ses liens et sa liberté, de savoir comment

 

être soi et

 

avec les autres, pour soi 

et 

pour
les autres, 

comment exister en 

eux sans se dissoudre en eux. Toutefois, un peu
plus d&apos;un an après

 avoir écrit ces
banalités, la lecture d&apos;un livre de François 

Flahault

 101 



me rappela à quel point elles recelaient une philosophie

 

de l&apos;être
  une

 

nouvelle ontologie 

 

  

moins
triviale qu&apos;il me sem

­

blait puisqu&apos;elle se trouve en réalité très
marginale dans la pensée

 occidentale.







Je reviendrai par la suite sur les
égarements de cette pensée (chap.6, 7, 8). 

Mais avant d&apos;en venir à la discussion des discours savants, il n&apos;est

 pas inutile d&apos;aller jusqu&apos;au bout des
enseignements déjà présents

 dans nos
banales mais précieuses intuitions communes. Nous en étions donc à l&apos;intuition
première que chacun désire « être soi et pour soi » mais aussi et en même temps
« être avec et pour les autres ». Pour éviter de les réénoncer indéfiniment, je
désignerai par la suite ces deux aspirations fondamentales comme « aspira­

tions ontogénétiques », marquant ainsi qu&apos;elles
sont constitutives

 de l&apos;être, qu&apos;elles
participent conjointement à la genèse de l&apos;être (ontogenèse).







Entre ces deux rives de l&apos;être, nous
sommes en tension perma­

nente, nous
cherchons l&apos;équilibre, le compromis nécessaire. Néces

­saire, parce que nous ne sommes rien sans les
autres, mais ne 

sommes pas davantage
si les autres sont tout pour nous. Nous sou

­haitons préserver notre indépendance, mais pas être abandonnés. Nous
n&apos;aimons la solitude qu&apos;aux moments où nous ne nous sen­

tons pas seuls. Nous voulons être aimés, mais pas
envahis. Il n&apos;est

 pas sorcier de
comprendre comment cette tension première com­

mande notre balancement entre intérêt personnel et intérêt général,

 rivalité et solidarité, repli sur soi et
sociabilité, etc.





Comme l&apos;indiquent ces quelques
exemples, nos aspirations onto

­

génétiques peuvent entrer en contradiction,
engendrer en nous un

 

conflit de valeurs ou d&apos;objectifs. Mais elles
peuvent aussi entrer en

 

synergie positive, se compléter et se renforcer
l&apos;une l&apos;autre. Nous

 

en faisons notamment l&apos;expérience dans les
relations amoureuses,

 amicales ou
filiales. 





(...)





La capacité de chacun à trouver le
chemin d&apos;une synergie posi­tive entre ses deux aspirations au lien et à la
liberté est certaine­

ment affectée par
l&apos;histoire singulière de ses relations personnelles

 

aux
autres, et tout particulièrement de ses relations originelles avec

 

sa mère,
son père, sa famille, ses instituteurs, ses premiers copains

 

et
copines   en un mot tous ceux qui constituent conjointement ses

 

«
éducateurs », ceux avec qui il a appris à vivre. Mais cette histoire

 

singulière
ne se déroule pas dans une éprouvette de laboratoire iso

­lée du reste du monde. Elle prend place dans le
contexte d&apos;une 

société, avec ses
institutions, ses règles, ses politiques publiques et enfin sa culture,
c&apos;est-à-dire un ensemble de conventions, d&apos;idées,

 

de croyances, de connaissances,
d&apos;habitudes, de modes de vie, de


rites, de valeurs, etc.







Or ce contexte social et culturel
affecte aussi, directement ou indi

­

rectement, l&apos;élaboration du compromis personnel
entre l&apos;« être

 

soi»

 et
l&apos;« être avec ». Directement tout d&apos;abord, par les opportunités, incitations,
gratifications et sanctions, matérielles ou symboliques, que la société offre à
l&apos;individu selon qu&apos;il penche davantage du côté de l&apos;égocentrisme (être soi) ou
plutôt du côté de la « socia­tion» (être avec). Indirectement ensuite, par le
biais des «éduca­teurs » qui baignent eux-mêmes dans la culture de la société
et lui servent d&apos;amplificateur auprès de jeunes enfants enclins à adopter les
comportements qui suscitent les récompenses ou écartent les punitions.





Ainsi, selon l&apos;orientation dominante
de la culture et du système

 économique
et social, les individus disposeront plus ou moins de 

possibilités concrètes, de soutien collectif, d&apos;incitations
et de grati

­

fications pour épanouir leur penchant à
l&apos;individuation ou leur pen

­chant à la
sociation. Ils seront plus ou moins portés vers la construction d&apos;un équilibre
entre ces inclinations, ou bien tentés, 

voire contraints, de rompre l&apos;équilibre, ou, pis encore, de dissoudre

 leur unité, soit dans un délire fusionnel noyant
l&apos;individu dans le 

tout social, soit
dans un délire narcissique exaltant l&apos;autonomie et

 la toute-puissance du moi.





La société peut donc aider chacun à
vivre en être pleinement 

humain,
c&apos;est-à-dire entier, comme un « moi social », libre et relié,

 

grandissant
et avançant sur les deux jambes qui autorisent la bonne

 

marche de
l&apos;être. Elle peut aussi contrarier cette croissance équili

­brée et pousser les individus à cahoter sur une
seule jambe : tout social privé de lui-même, ou tout à lui-même privé des
autres. 

Traitement inhumain qui, par
différence, nous met sur la piste de ce


qui constitue ou non une société « vraiment » humaine.





 

(...)



La société de progrès humain







(...)





Je propose d&apos;appeler « société de progrès humain»
une société qui favorise l&apos;épanouissement d&apos;une vie pleinement humaine, au sens
où j&apos;ai commencé de définir celle-ci, à savoir :



Définition 1. 

Une vie pleinement humaine consiste dans la réa­lisation
d&apos;un équilibre personnel entre les deux faces inextricables 

de notre désir d&apos;être : l&apos;aspiration à «être soi»
et l&apos;aspiration à « être avec ».







Précisons ce que nous entendons par «
équilibre ». Cela ne signi

­fie ni
juste milieu, ni compromis contraint et forcé, ni encore absence de
contradictions ou de conflits. Il s&apos;agit plutôt d&apos;un état d&apos;intégrité et de
santé mentales, dans lequel la personne met en harmonie ses aspirations
ontogénétiques, sans devoir pour cela mutiler l&apos;une d&apos;entre elles, sans
connaître un état de conflit interne permanent et anxiogène.





(...)





Ayant ainsi explicité ce que nous entendions par «
vie humaine »,

 nous pouvons à présent
proposer cette autre définition :







Définition 2. 

Une
société de progrès humain tend vers une situa­tion où chaque personne
dispose d&apos;une égale capacité à mener une vie pleinement humaine,
c&apos;est-à-dire à concilier librement ses deux aspirations ontogénétiques.









(...)

 
NB. Cet extrait ne reproduit pas les notes et références bibliographiques en bas de page.


[Tous droits réservés, Éditions du Seuil, octobre 2006

]









Prochain extrait :  



Qu&apos;est-ce que la Dissociété ? 





</summary>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://dissociete.fr/news/vie-humaine-et-societe-de-progres-humain"/>
		<id>http://dissociete.fr/news/vie-humaine-et-societe-de-progres-humain</id>
		<issued>2006-10-04T22:06:00Z</issued>
		<modified>2006-10-04T22:11:15Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[ <div align="center"><b><span style="color: navy; letter-spacing: 0.2pt;"><font size="5">Vie humaine et société de progrès humain</font> <o:p /></span></b></div>

<p align="center" class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: center; text-indent: 14.2pt; line-height: 12pt; page-break-after: avoid;"><font size="3"><b><span style="color: navy; letter-spacing: 0.2pt;">[Extrait n°1, <st1:personname productid="La Dissociété" w:st="on"><i>La Dissociété</i></st1:personname>,
ch.4]<o:p /></span></b></font></p>



<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><b><span style="letter-spacing: 0.2pt;">(...) <o:p /></span></b></font></p><p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><b><i><span style="letter-spacing: 0.2pt;">«Être soi » et «être avec »<o:p /></span></i></b></font></p>



<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Ainsi, dans ce monde gagné par le
modèle néolibéral de la com</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">pétition généralisée, du chacun pour soi et de la
course à l’argent,</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><i><span style="letter-spacing: 0.05pt;">nous savons pourtant au quotidien que c’est la
qualité des liens qui </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">fait le bonheur
et non pas la quantité des biens. </span></i><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Nous
avons besoin</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">d’amitié, pas de productivité ; besoin d’attention,
pas de tension. Et</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">chaque soir, après le travail, après le
supermarché, quand les moins</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> aliénés
d’entre nous rentrent chez eux, ils ne s’étonnent pas une seconde de prendre un
plaisir infini à cesser la lutte et le sprint, à </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">goûter la tranquillité et la sécurité, à jouir du « zéro productivité »</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">et de la
lenteur, à donner sans exiger et à recevoir sans payer ce qui</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">d’ailleurs
n’a pas de prix : le bonheur d’être enfin soi-même avec</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.05pt;">les
siens. Ceux qui ont ce bonheur-là savent que ce sentiment d’être</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> <i>soi et pour soi, </i>tout en étant <i>avec et
pour les autres, </i>constitue </span><span style="letter-spacing: 0.05pt;">l’essence
d’une vie humaine. Et, au regard de cette vie-là, le rôle de</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> «battant », de fantassin de la guerre économique,
qu’on nous </span><span style="letter-spacing: 0.05pt;">demande parfois de jouer,
ou que nous regardons jouer par d’autres,</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">nous apparaît souvent comme une
simple posture aberrante, étran</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­gère à
nos désirs, mais, hélas, inévitable, imposée par un monde qu’il n’est pas en
notre pouvoir de choisir ou de rejeter.<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.05pt;">Mais se peut-il vraiment que nous
acceptions de vivre et que nous</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">trouvions quelque agrément dans une société dont
les valeurs et les</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span>finalités
nous seraient radicalement étrangères ? Non, pas vraiment !<span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Déjà au
milieu du</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 8pt; letter-spacing: 1pt;">XVI</span><sup><span style="font-size: 8pt; letter-spacing: 0.2pt;">e</span></sup><span style="font-size: 8pt; letter-spacing: 1pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">siècle, Étienne de <st1:personname productid="La Bo&#65513;tie" w:st="on">La
 Boétie</st1:personname> estimait que la</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> tyrannie d’un prince – pouvoir d’un seul contraire à la liberté de tous
– serait inconcevable si n’existait pas chez le peuple une volonté de servir :
« […] je désirerais seulement qu’on me fît </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">comprendre comment il se peut que tant d’hommes […] supportent</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> quelquefois tout d’un Tyran seul, qui n’a de
puissance que celle qu’on lui donne, qui n’a de pouvoir de leur nuire,
qu’autant qu’ils </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">veulent bien
l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s’ils</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> n’aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le
contredire<sup><span></span></sup> </span><span style="letter-spacing: 2.8pt;">.»</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"><o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">Alors, combien plus étonnante serait,
de nos jours, la tyrannie </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">d’une
politique injuste et contraire aux désirs du plus grand nombre</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">dans une
société où les « tyrans » remettent en jeu leur pouvoir tous</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> les quatre ou cinq ans. <o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Répétons-le, il nous faut prendre au
sérieux une double propriété</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> des
démocraties contemporaines : d’une part, le système écono­mique et social ne
peut être imposé par la force ; d’autre part, les </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">nouveaux modes de production flexibles et
décentralisés requièrent</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> une
coopération et une implication volontaires du plus grand nombre. Ce constat
n’exclut nullement des rapports de force favo­rables au capital et aux
oligarchies en place, et donc des effets de </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">domination (déjà évoqués et dont il sera à nouveau question). Mais</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> l’explication de la soumission au modèle par la
seule domination est plus qu’insuffisante. Car le fait est qu’aucune domination
n’a jamais empêché des hommes et des femmes de combattre et de mourir pour
leurs idées. Et l’Histoire nous montre combien l’éner­</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">gie qu’ils dépensent dans cette lutte n’est pas
proportionnée à leurs</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">chances de réussite, mais à l’injustice qu’ils
éprouvent. Le pouvoir</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> du plus fort
n’explique donc pas tout, dans la soumission ou la </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">révolte du plus faible : les sentiments de ce
dernier sont également</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">déterminants. <o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">(...)<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Quand la soumission l’emporte sur</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">la
révolte, il faut bien supposer l’existence d’arrangements internes,</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> où les satisfactions que nous tirons du présent
contrebalancent les</span><span style="letter-spacing: 0.15pt;"> désagréments de
notre servitude. Si tel n’était pas le cas, on ne voit</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">vraiment
pas pourquoi des atteintes aux droits sociaux qui auraient</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">déclenché
une grève générale à l’époque où la troupe tirait sur les</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">grévistes
seraient tolérées à l’époque où le droit de grève est inscrit</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> dans <st1:personname productid="la Constitution." w:st="on">la Constitution.</st1:personname><o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">Par conséquent : <i>sans négliger le
rôle des rapports de force, il </i></span><i><span style="letter-spacing: 0.1pt;">nous
faut bien considérer ce qui, dans le modèle néolibéral, suscite </span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">une soumission ou un engouement plutôt qu’une
répulsion. </span></i><span style="letter-spacing: 0.2pt;">La </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">société de marché et de compétition généralisée ne
peut s’installer</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> que dans la seule
mesure où elle repose aussi, pour partie, sur des finalités et des valeurs
partagées par le plus grand nombre et qui suscitent une adhésion suffisante
pour compenser, d’une manière ou d’une autre, une tendance à la désaffection.
Dès lors, si contra­</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">diction il y a
entre nos valeurs de solidarité et les principes de riva</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">lité,
entre notre désir de vivre en paix et les exigences de la guerre</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">économique,</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><i><span style="letter-spacing: 0.05pt;">ce
n’est pas une contradiction entre nous et la société, mais une ligne de
fracture intime, une tension interne entre les aspi­</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">rations contradictoires qui façonnent notre être.<o:p /></span></i></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Aucune fastidieuse introspection
n’est nécessaire pour mettre au</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">jour de telles contradictions : elles sont suffisamment
évidentes et</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> fréquentes pour nous en
dispenser. <o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">(...)<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">Inutile de multiplier les exemples,
puisque nous touchons là à </span><span style="letter-spacing: 0.15pt;">l’expérience
intime la plus évidente : nous sommes traversés et par</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">fois
tiraillés par une pluralité d’aspirations. On peut donc, tout à la</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> fois, être un citoyen éclairé et un consommateur
aveugle, avoir </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">l’« esprit sportif » et
le chauvinisme d’un</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><i><span style="font-size: 11pt; letter-spacing: 0.45pt;">hooligan, </span></i><span style="letter-spacing: 0.1pt;">être solidaire et</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> égoïste, solitaire et sociable, partageur et avare.<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Dans</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><i><span style="font-size: 11pt; letter-spacing: 0.5pt;">Quel
renouveau socialiste ? – </span></i><span style="letter-spacing: 0.1pt;">réflexion
sur les fondements</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">du socialisme et du libéralisme (Textuel, 2003) –,
j’ai suggéré que l’ensemble des</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">aspirations humaines puisse se résumer en deux
tendances indisso</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­ciables et
constitutives de l’être humain : «La nature humaine est </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">faite de l’interaction continue entre une
aspiration à l’autonomie et</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">une aspiration à l’association, entre la pulsion
d’autosatisfaction et</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">le désir de faire société. C’est pourquoi les
hommes et les femmes</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">ne sont pas guidés par leur seul intérêt personnel,
mais aussi par des </span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">valeurs, des
croyances et des conventions qui les constituent en </span><span style="letter-spacing: 0.15pt;">communauté solidaire […]. L’humanité […] est mue
par deux aspi</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">­rations en interaction
permanente : </span><i><span style="letter-spacing: 0.2pt;">désir de libération et
désir de </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">socialisation, le désir
d’être soi et le désir d’être avec. </span></i><span style="letter-spacing: 0.2pt;">[…] Et cela</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">ne sert à rien de chercher laquelle des deux
aspirations est première</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> ou seconde,
elles vont ensemble.<sup><span>&nbsp;</span></sup>»</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"><o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.3pt;">En écrivant cela, j’étais convaincu
d’« enfoncer des portes ouvertes », d’énoncer des banalités universellement
reconnues. </span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">Reconnues par le sens
commun, du moins. J’insistais en revanche,</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> dans ce précédent livre, sur l’incapacité commune des doctrines issues
du libéralisme et du marxisme à fonder leur science de </span><span style="letter-spacing: 0.15pt;">l’homme et de la société sur un postulat
anthropologique conforme</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">à cette réalité, banale certes, néanmoins seule
juste : l’homme est</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> un être social par
essence, par naissance, et non par construction </span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">intellectuelle ou politique ; il est constitué par ses liens aux autres,</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.15pt;">et la
grande affaire de sa vie, celle qui commande toutes les autres,</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.15pt;">est de
concilier ses liens et sa liberté, de savoir comment</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><i>être soi </i><span style="letter-spacing: 0.15pt;">et</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><i><span style="letter-spacing: 0.2pt;">avec les autres, pour soi </span></i><span style="letter-spacing: 0.3pt;">et </span><i><span style="letter-spacing: 0.2pt;">pour
les autres, </span></i><span style="letter-spacing: 0.3pt;">comment exister en </span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">eux sans se dissoudre en eux. Toutefois, un peu
plus d’un an après</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> avoir écrit ces
banalités, la lecture d’un livre de François </span><span style="letter-spacing: 0.15pt;">Flahault</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> <sup><span>101 </span></sup></span><span style="letter-spacing: 0.15pt;">me rappela à quel point elles recelaient une philosophie</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">de l’être
– une</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><i><span style="letter-spacing: 0.1pt;">nouvelle ontologie </span></i><span style="font-size: 6pt; letter-spacing: 1.3pt;"><span>&nbsp;</span>– </span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">moins
triviale qu’il me sem</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">­</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">blait puisqu’elle se trouve en réalité très
marginale dans la pensée</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> occidentale.</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"><o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.3pt;">Je reviendrai par la suite sur les
égarements de cette pensée (chap.6, 7, 8). </span><span style="letter-spacing: 0.25pt;">Mais avant d’en venir à la discussion des discours savants, il n’est</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> pas inutile d’aller jusqu’au bout des
enseignements déjà présents</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> dans nos
banales mais précieuses intuitions communes. Nous en étions donc à l’intuition
première que chacun désire « être soi et pour soi » mais aussi et en même temps
« être avec et pour les autres ». Pour éviter de les réénoncer indéfiniment, je
désignerai par la suite ces deux aspirations fondamentales comme « aspira­</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">tions ontogénétiques », marquant ainsi qu’elles
sont constitutives</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> de l’être, qu’elles
participent conjointement à la genèse de l’être (ontogenèse).</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"><o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.3pt;">Entre ces deux rives de l’être, nous
sommes en tension perma­</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">nente, nous
cherchons l’équilibre, le compromis nécessaire. Néces</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">­saire, parce que nous ne sommes rien sans les
autres, mais ne </span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">sommes pas davantage
si les autres sont tout pour nous. Nous sou</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">­haitons préserver notre indépendance, mais pas être abandonnés. Nous
n’aimons la solitude qu’aux moments où nous ne nous sen­</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">tons pas seuls. Nous voulons être aimés, mais pas
envahis. Il n’est</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> pas sorcier de
comprendre comment cette tension première com­</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">mande notre balancement entre intérêt personnel et intérêt général,</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> rivalité et solidarité, repli sur soi et
sociabilité, etc.<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">Comme l’indiquent ces quelques
exemples, nos aspirations onto</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">­</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">génétiques peuvent entrer en contradiction,
engendrer en nous un</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.15pt;">conflit de valeurs ou d’objectifs. Mais elles
peuvent aussi entrer en</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">synergie positive, se compléter et se renforcer
l’une l’autre. Nous</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">en faisons notamment l’expérience dans les
relations amoureuses,</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"> amicales ou
filiales. <o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.3pt;">(...)<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">La capacité de chacun à trouver le
chemin d’une synergie posi­tive entre ses deux aspirations au lien et à la
liberté est certaine­</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">ment affectée par
l’histoire singulière de ses relations personnelles</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">aux
autres, et tout particulièrement de ses relations originelles avec</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">sa mère,
son père, sa famille, ses instituteurs, ses premiers copains</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">et
copines – en un mot tous ceux qui constituent conjointement ses</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">«
éducateurs », ceux avec qui il a appris à vivre. Mais cette histoire</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">singulière
ne se déroule pas dans une éprouvette de laboratoire iso</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­lée du reste du monde. Elle prend place dans le
contexte d’une </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">société, avec ses
institutions, ses règles, ses politiques publiques et enfin sa culture,
c’est-à-dire un ensemble de conventions, d’idées,</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">de croyances, de connaissances,
d’habitudes, de modes de vie, de</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">
rites, de valeurs, etc.</span><span style="letter-spacing: 0.3pt;"><o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Or ce contexte social et culturel
affecte aussi, directement ou indi</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">rectement, l’élaboration du compromis personnel
entre l’« être</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 1.3pt;">soi»</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> et
l’« être avec ». Directement tout d’abord, par les opportunités, incitations,
gratifications et sanctions, matérielles ou symboliques, que la société offre à
l’individu selon qu’il penche davantage du côté de l’égocentrisme (être soi) ou
plutôt du côté de la « socia­tion» (être avec). Indirectement ensuite, par le
biais des «éduca­teurs » qui baignent eux-mêmes dans la culture de la société
et lui servent d’amplificateur auprès de jeunes enfants enclins à adopter les
comportements qui suscitent les récompenses ou écartent les punitions.<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Ainsi, selon l’orientation dominante
de la culture et du système</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> économique
et social, les individus disposeront plus ou moins de </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">possibilités concrètes, de soutien collectif, d’incitations
et de grati</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­</span><span style="letter-spacing: 0.15pt;">fications pour épanouir leur penchant à
l’individuation ou leur pen</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­chant à la
sociation. Ils seront plus ou moins portés vers la construction d’un équilibre
entre ces inclinations, ou bien tentés, </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">voire contraints, de rompre l’équilibre, ou, pis encore, de dissoudre</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> leur unité, soit dans un délire fusionnel noyant
l’individu dans le </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">tout social, soit
dans un délire narcissique exaltant l’autonomie et</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> la toute-puissance du moi.<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">La société peut donc aider chacun à
vivre en être pleinement </span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">humain,
c’est-à-dire entier, comme un « moi social », libre et relié,</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">grandissant
et avançant sur les deux jambes qui autorisent la bonne</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">&nbsp;</span><span style="letter-spacing: 0.1pt;">marche de
l’être. Elle peut aussi contrarier cette croissance équili</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­brée et pousser les individus à cahoter sur une
seule jambe : tout social privé de lui-même, ou tout à lui-même privé des
autres. </span><span style="letter-spacing: 0.05pt;">Traitement inhumain qui, par
différence, nous met sur la piste de ce</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">
qui constitue ou non une société « vraiment » humaine.<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;"><span>&nbsp;</span>(...)<o:p /></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><b><i><span style="letter-spacing: 0.15pt;">La société de progrès humain<o:p /></span></i></b></font></p>



<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">(...)<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin: 9pt -14.2pt 0.0001pt 0cm; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">Je propose d’appeler « société de progrès humain»
une société qui favorise l’épanouissement d’une vie pleinement humaine, au sens
où j’ai commencé de définir celle-ci, à savoir :<o:p /></span></font></p><p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><b><span style="font-size: 11pt; letter-spacing: 0.6pt;">Définition 1. </span></b><i><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Une vie pleinement humaine consiste dans la réa­lisation
d’un équilibre personnel entre les deux faces inextricables </span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">de notre désir d’être : l’aspiration à «être soi»
et l’aspiration à « être avec ».<o:p /></span></i></font></p>



<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Précisons ce que nous entendons par «
équilibre ». Cela ne signi</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;">­fie ni
juste milieu, ni compromis contraint et forcé, ni encore absence de
contradictions ou de conflits. Il s’agit plutôt d’un <i>état d’intégrité et de
santé mentales, </i>dans lequel la personne met en harmonie ses aspirations
ontogénétiques, sans devoir pour cela mutiler l’une d’entre elles, sans
connaître un état de conflit interne permanent et anxiogène.<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">(...)<o:p /></span></font></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.1pt;">Ayant ainsi explicité ce que nous entendions par «
vie humaine »,</span><span style="letter-spacing: 0.2pt;"> nous pouvons à présent
proposer cette autre définition :<o:p /></span></font></p>



<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><b><span style="font-size: 11pt; letter-spacing: 0.5pt;">Définition 2. </span></b><i>Une
société de progrès humain <u>tend vers</u> une situa­tion où chaque personne
dispose d’une <u>égale capacité</u> à mener une vie pleinement humaine,
c’est-à-dire à concilier <u>librement</u> ses deux <span style="letter-spacing: 0.1pt;">aspirations ontogénétiques.<o:p /></span></i></font></p>





<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><font size="3"><span style="letter-spacing: 0.2pt;">(...)<o:p /></span><i><span style="letter-spacing: 0.2pt;"><o:p> <br /></o:p><hr width="100%" size="2" /><b>NB. </b>Cet extrait ne reproduit pas les notes et références bibliographiques en bas de page.</span><br /><u><span style="letter-spacing: 0.2pt;">[Tous droits réservés, Éditions du Seuil, octobre 2006</span></u></i></font><span style="letter-spacing: 0.2pt;"><font size="3">]</font><o:p /></span></p>

<p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><span style="font-family: Symbol; letter-spacing: 0.2pt;"><o:p /></span></p><p class="MsoNormal" style="margin-right: -14.2pt; text-align: justify; text-indent: 14.2pt;"><b><span style="font-size: 14pt; color: navy; letter-spacing: 0.2pt;">Prochain extrait : <span>&nbsp;</span></span></b><span style="font-size: 14pt; color: navy; letter-spacing: 0.2pt;">Qu’est-ce que <st1:personname productid="la Dissoci&#65513;t&#65513;" w:st="on">la Dissociété</st1:personname> ? <o:p /></span></p>

]]></content>
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		<title>Pourquoi ce livre ?</title>
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		<modified>2006-10-04T14:57:20Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<img src="http://dissociete.fr/images/Dis-cit1.JPG" style="width: 500px; height: 500px;" /><br />
]]></content>
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		<title>Le Site politique</title>
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		<name>J-Genereux</name>
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		<summary type="text/plain">jacquesgenereux.fr 
Le site politique de Jacques Généreux
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		<issued>2006-09-29T01:55:38Z</issued>
		<modified>2007-05-27T21:43:40Z</modified>
		<content type="text/html" mode="escaped" xml:lang="fr" xml:base="http://dissociete.fr"><![CDATA[<font color="#ffffff"><a href="http://jacquesgenereux.fr/"><font face="impact"><b><font size="7" face="impact">jacquesgenereux.fr</font></b></font><font face="impact"><b><font size="4" face="trebuchet ms,arial,helvetica,sans-serif"><font size="1"> <br /></font></font></b></font><font size="5"><b><font size="3"><font size="2"><font size="2" face="georgia,times new roman,times,serif">Le site politique de Jacques Généreux</font></font></font></b></font></a></font>
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